Les 4 Fantastiques de Josh Trank

Les 4 FantastiquesLes 4 Fantastiques, réalisé par Josh Trank
Avec Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan et Jamie Bell
Scénario : Simon Kinberg, Josh Trank et Jeremy Slater
Durée : 1H41 / Date de sortie : 19 août 2015

Les histoires de couloir chez Marvel, rien de nouveau. Sam Raimi et Tobey Maguire renvoyés de Spiderman 4 en 2010 pour des divergences de contrat, Edgar Wright qui rend les armes face à Kevin Feige sur Ant-Man ou même Joss Whedon qui se plaint de chantages sur Avengers : l’ère d’Ultron, la firme commence à connaître la chanson. Les artistes préfèrent rester silencieux malgré tout, mais la vision stakhanoviste du cinéma de l’entreprise n’a jamais collé avec celles des réalisateurs venus officier avec enthousiasme. Josh Trank a voulu prendre la parole, puis s’est retenu au cours d’un tweet, rapidement supprimé, qui sentait le malaise et la déception. Car on se souviendra de ces 4 Fantastiques comme d’un projet jamais parvenu au public dans l’état attendu. D’un gâchis pharamineux. Entre un tournage chaotique, menant à l’éviction du réalisateur, une promotion hasardeuse qui, avec l’hésitation constante des acteurs, n’a pas réussi à annihiler les premières rumeurs de fabrication, et l’annulation en urgence du format 3D initialement prévue, ce reboot sentait le cauchemar de producteurs avant même sa sortie. Mais cette espèce de malédiction qui frappe la saga depuis les années 90 aurait déjà dû alerter le jeune cinéaste et la 20th Century Fox. Projet lancé dans la précipitation, pour que le studio puisse conserver les droits de la franchise, les 4 Fantastiques a le mérite, dans sa première moitié, de clairement mieux s’en sortir que ses prédécesseurs.

Logique puisque Trank, à l’inverse de nombreux faiseurs hollywoodiens, a fait le choix de se réapproprier le matériau original. Geste rare dans une industrie qui, aujourd’hui, s’est constituée un cahier des charges si pesant dans la construction des films de super-héros qu’il a mené à leur uniformisation. Les super-héros n’ont plus rien d’héroïque, leurs aventures ne font plus office d’évènement dans l’agenda cinématographique. Successivement, l’appétit des spectateurs et la technologie ont permis de produire à plus grande échelle, et de les pourvoir de psychologie et de troubles toujours plus poussés. La place accordée à la thématique de l’enfance et du passage à l’âge adulte (omniprésente depuis le Spiderman de Sam Raimi) n’est pas ici reléguée au rang de passage obligé. Ce premier acte ne cessera d’interagir avec la suite des péripéties, jusqu’à la transformation des héros. Si cette première heure semble être la moins « endommagée » dans le travail de Trank, elle laisse déjà entrevoir que le discours sur la jeunesse ne s’adresse pas qu’au public, mais est aussi l’illustration d’un combat interne entre l’artiste et le studio. Une scène, au demeurant anecdotique, de concours lycéen ferait presque figure de première opposition entre la conception de l’artiste (ici portée par le personnage de Reed Richards) et un professeur qui, d’emblée, le relègue au rang de rêveur. Tout le discours de cette première partie, et ce même après une ellipse contestée et contestable d’un an qui permet au réalisateur de dépasser les mécanismes habituels du film de super-héros, apporte déjà plus de réjouissances que les Marvel sortis depuis longtemps. Le film est certes rêche, presque antipathique, mais se distingue par son quasi-minimalisme en termes d’enjeux et de décors.

Un récit en twists délaissé sur l’autel d’une représentation nouvelle des héros. Ce reboot des 4 Fantastiques privilégie la modernité à une caractérisation archétypale des super-héros. On se retrouve donc ici face à des jeunes adultes, pour la première fois en confrontation avec le monde adulte. Ils sont insolents, imbus d’eux-mêmes. Si la deuxième partie du film, balayant toute écriture ou émotion, oublie les personnages, les séquences où chaque personnage interagit suffit à mettre en place un récit de groupe plutôt solide. A l’inverse de nombreux teen-movies de son époque, le film de Josh Trank met plutôt bien en lumière le caractère assez asocial de ses jeunes, qui ne s’entendent que par leurs ambitions. Cependant, et c’est ce en quoi se différencie ce reboot de son précédent métrage Chronicle, l’arrivée de pouvoirs n’apparaît pas comme une opportunité, mais bien comme une tare, faisant d’eux des bêtes de foire au service des laboratoires et de l’armée.

C’est dans cette transition sous influences (Cronenberg, Ridley Scott, …) que le film bascule. Dans le montage, la lumière et l’escalade brutale vers la violence la plus sourde dans une séquence – banalisée ? – d’évasion, le fossé bâti au sein-même du film est immense. D’une proposition fort alléchante de spectacle minimal et tortueux, qui aurait pu facilement s’étendre pendant au moins deux heures, le film de Trank s’effondre sous le poids des obligations du blockbuster conventionnel. Le combat final, éclipsé en cinq minutes, semble être un aperçu du conflit durant le tournage, tant il paraît bâclé et amorphe. Les trente dernières minutes sont un calvaire, gênantes, de même que cette dernière image qui enfonce un peu plus le genre dans ses gimmicks vaseux. Qui est le coupable, alors ? Le réalisateur et les rumeurs de ses coups de folie sur le plateau de tournage, ou le studio qui lui a coupé le sifflet avant la fin de la production du film ? Le public, qui a imposé ses exigences et qui a fait du bruyant et asservi Avengers un idéal de grand spectacle ?

Difficile de trouver le responsable à l’échec retentissant du film, encore plus compliqué de savoir ce qui a bien pu faire peur à la Fox de suivre le mouvement de Trank tant sa première heure s’avère déroutante et donc ludique. Porté par une force du désespoir étonnante puis anéanti par un final anormalement convenu, ce reboot marquera les esprits comme celui d’un naufrage sans précédent, ayant mis en exergue les problèmes de plus en plus courants entre cinéastes et studios dans le Hollywood d’aujourd’hui. Les spectateurs ne remettront jamais en cause leur rôle dans cet évènement (après tout, ils consomment et puis s’en vont… Mais n’oublient pas d’alimenter les réseaux sociaux de leurs fantasmes, de leurs colères irrationnelles, que les producteurs suivent à la lettre) pourtant, il serait peut-être bien aussi de questionner leur Toute Puissance, à l’instar des studios, dans la création d’une oeuvre, impliquant une vision personnelle. En l’état, les 4 Fantastiques n’est pas un scandale cinématographique, mais un film incontestablement inachevé qui, dans l’ambition folle de Josh Trank, voulait sortir des rangs poussiéreux du cinéma uniforme de Marvel. Une autre fois, si la carrière de ce dernier n’est pas définitivement enterrée…2 étoiles et demi

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