Microbe et Gasoil de Michel Gondry

Microbe et GasoilMicrobe et Gasoil, écrit et réalisé par Michel Gondry
Avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Diane Besnier et Audrey Tautou
Durée : 1H43 / Date de sortie : 8 juillet 2015

Le style fait de bric et de broc de Michel Gondry étant devenu une marque à part entière du cinéma d’auteur français, il était difficile d’attendre quoi que ce soit de ce Microbe et Gasoil qui débarque dans un été qui n’a pas fait de gentillesse aux films originaux. Partageant son temps entre des projets intimistes (l’Epine dans le coeur, Conversation animée avec Noah Chomsky) et grosses productions, du bon (The Green Hornet) à l’insupportable (l’Ecume des jours), il est aussi compliqué de comprendre dans quel direction veut désormais se diriger le cinéaste. La surprise de ce dernier-né n’en est que plus belle que le Français, opérant un lucide retour aux sources, n’en oublie pas pour autant de visiter d’autres horizons cinématographiques.

En prenant pour appui deux adolescents, deux parias dans l’univers impitoyable du collège, Gondry puise une nouvelle énergie dans la jeunesse et perpétue quelques enjeux de ses films précédents. Si son caractère de bricoleur effraye dans les premiers instants, rappelant le surmenage visuel de son adaptation de Vian, il vient ici assister un récit de voyage et d’initiation bien plus ludique. L’escapade de Gondry marche principalement parce qu’elle court-circuite aussi un certain genre de films pour adolescents avec son goût pour l’atemporel (et la conscience des héros de vivre dans le passé) ainsi que le refus des conventions de l’âge. A certains moments, en traitant notamment la question de la sexualité naissante de ces héros, le metteur en scène semble rejoindre les rangs de Riad Sattouf et de ses Beaux Gosses, mais il sait aussi par son appétit pour le renouveau dévier de sa route pour en arpenter d’autres, plus inattendues et plus personnelles. Ci et là, on suit une poursuite entre Microbe et des membres d’un gang, une réécriture d’un film d’épouvante dans la maison d’un dentiste ou la quête désespérée d’un amour de jeunesse.

Des pans entiers de cinéphilie que Gondry sait dynamiter avec une belle malice et qui donne un charme réel à ce Microbe et Gasoil. Car, si le réalisateur s’est quelque peu reposé sur ses lauriers par le passé, mettant son univers plastique en avant comme pure garantie commerciale et invitant la critique à rejoindre sa paresse en lui attribuant des adjectifs communs, son assagissement vient de la fausse petitesse du film dans sa filmographie, soulignée par le format de l’image et des enjeux resserrés, sans digressions visuelles. Mais cela faisait un certain temps que nous n’avions pas vu des héros aussi charmants (formidables Ange Dargent et Théophile Baquet) dans le cinéma de Gondry, et surtout une telle maîtrise de la comédie au service de la mélancolie ambiante qui hante le métrage. L’équilibre des deux fait que, à l’instar de The Green Hornet, l’auteur réussit davantage à créer un lien particulier entre les deux personnages que le spectacle l’entourant. Une bromance jamais exprimée par les personnages mais qui trouve dans les dix dernières minutes un pic émotionnel et symbolique, qui n’est pas sans rappeler le Supergrave de Greg Mottola ou le cinéma des Farrelly.

Bien ancré dans son époque par ses thématiques mais aussi pourvu d’une forme d’insolence pour les héros et les symboles de son époque (à bas le high five !), Microbe et Gasoil signe le retour d’un beau cinéaste pudique, qui a su redonner une épaisseur narrative à une patte formelle parfois embourbée dans sa propre inventivité. Gondry a cessé de brasser du vent, ce qui est une bonne chose. Il n’est pas encore redevenu l’artiste génial qu’il a pu être au moment d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, mais comme son héros, il semble néanmoins avoir retrouvé la mémoire et un goût pour le généreux mélange des cinémas. Qu’importe le sens qu’on pourra lui donner plus tard, tant que le voyage est joyeux !3 étoiles et demi

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