Antigang de Benjamin Rocher

AntigangAntigang, réalisé par Benjamin Rocher
Avec Jean Reno, Caterina Murino, Alban Lenoir et Thierry Neuvic
Scénario : François Loubeyre et Tristan Schulmann
Durée : 1h30 / Date de sortie : 19 août 2015

Comme chaque été, on trouve dans l’affolante conformité des productions estivales quelques étrangetés. Certaines la revendiquent jusqu’à l’écoeurement, d’autres, bien au contraire, préfèrent travailler un genre dans son moule, pour mieux affirmer sa singularité. A l’instar du massif et sacrifié Colt 45 de Fabrice Du Welz, Benjamin Rocher déjà réalisateur de quelques films de genre dont La Horde, avec Yannick Dahan, et la première mi-temps de l’étonnant Goal of the Dead, a un profond respect pour les genres qu’il arpente, du film de zombie au polar. Avec Antigang, le cinéaste vient ici donner sa vision du buddy-movie et du film d’action brut. Au milieu d’un été relativement sage en matière de polars (la Isla Minima aura été un polar certes acéré mais difficilement captivant), la brigade menée par Jean Reno et Alban Lenoir est la jolie démonstration d’une génération émergente dans le cinéma d’action français.

L’introduction amusante du film annonce d’emblée la volonté de Benjamin Rocher de s’extirper d’un héritage de films portés par Olivier Marchal et d’autres, dont la noirceur ne laissait que peu d’espoir. Les récentes tentatives (Gibraltar, par exemple) dans ce sillon s’étaient par ailleurs révélées ennuyantes. Ce qui fait aujourd’hui la réussite d’Antigang, après l’amère déception que fut la Horde et la simple promesse que constituait Goal of the Dead, est la passion dévorante du cinéaste pour le genre et ses représentations au fil des époques. Le personnage porté par Jean Reno, sorte de chef inépuisable et colossal, et celui d’Alban Lenoir, plus burlesque, sont tour à tour les archétypes d’un cinéma d’un autre temps, dont Rocher s’amuse à visiter les mécanismes. Pendant une heure et demie, ce métrage court mais diablement efficace accumule les séquences racées, des répliques bien senties, sans pour autant se détacher de son propre paysage cinématographique. Rocher a certes parfois l’air de reproduire, sans la maestria d’un Michael Mann, de grandes séquences (un long gun fight dans Paris très joliment chorégraphié) mais il ne les plaque pas pour autant comme des modèles infaillibles au succès de son film. Bien au contraire. En maniant des références francophones, et leur donnant même parfois une épaisseur comique, le travail sur le scénario de François Loubeyre et Tristan Schulmann s’avère parfois totalement réjouissant. Rocher ne prétend pas faire un ersatz de film américain – il laisse ça aux productions infâmes de Besson – mais entend simplement s’amuser, et le spectateur si possible, au cours d’une chevauchée brute.

Cette construction des personnages, implantés dans la réalité comme dans un terrain de jeu à ciel ouvert, constitue l’atout et la principale limite du film. Il y a une fraîcheur, à n’en pas douter, mais le film ne va pas au-delà d’un fil narratif maintes fois vu dans le cinéma. Etait-ce la volonté du réalisateur ? Pas forcément. Car à une époque du tout-politique, où le cinéma doit être un parfait reflet d’une réalité sociale apparemment invivable, Antigang apparaît comme un négatif sans concession, qui n’a pas peur de montrer un Jean Reno, pourtant bien rouillé, sous les traits d’un superflic. Son comparse Alban Lenoir, encore trop méconnu dans le cinéma français et dépourvu d’une barbe aussi impressionnante, lui pique pourtant la vedette avec une prestation allumée qui montre ici toute la densité de son jeu après Un Français. Débarrassée d’une dramaturgie vieillissante, la réécriture du film d’action par Benjamin Rocher est un des rares plaisirs de cet été cinématographique. Brut et n’apposant pas ses références comme un simple faire-valoir, le réalisateur vient sans doute de gravir un échelon parmi la jeune génération montante du cinéma de genre français. Attendons désormais de voir si d’autres productions de ce type auront elles aussi la chance de parvenir sur nos écrans.3 étoiles et demi

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