Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E de Guy Ritchie

Agents très spéciauxAgents très spéciaux – Code U.N.C.L.E, réalisé par Guy Ritchie
Avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander et Elizabeth Debicki
Scénario : Guy Ritchie et Lionel Wigram
Durée : 1H57 / Date de sortie : 16 septembre 2015

Etrange histoire que celle de Guy Ritchie avec le cinéma. Rejeton insolent d’un cinéma anglais populaire, sale et grande gueule au début des années 2000 avec Snatch, puis compagnon (accidentel) de la superstar Madonna qu’il a, bien entendu, mal dirigée dans A la dérive, le Britannique s’est retrouvé aux commandes d’une version cinématographie des aventures de Sherlock Holmes, avec Robert Downey Jr. et Jude Law en tête, en 2010. Succès il y eut, parachevé par une suite en 2012. Ces deux derniers exercices avaient fini d’achever le statut du cinéaste en personnage antipathique d’un cinéma pétaradant et cynique. Avec son Jeu d’ombres, il menait son style à la déroute, plaquant derrière chaque scène une multitude d’effets sonores et visuels sans intérêt. Son scénario était infâme, ouvertement condescendant. Où en est donc Ritchie en 2015, en faiseur d’Hollywood ?

En voyant Agents très spéciaux (préférons d’emblée le titre original, The Man From U.N.C.L.E.), on pourrait penser que l’Anglais n’a pas changé d’un iota. Et c’est en partie vrai, car ce nouveau film, inspiré d’une série d’espionnage des années 60, respire des mêmes défauts que ses précédents efforts. C’est à la fois d’une bêtise affligeante, expliquant au spectateur comme le premier demeuré venu chaque ressort narratif, tout aussi cynique dans sa finalité (l’importance de produire le cool au cinéma…) mais c’est aussi un objet paradoxalement attendrissant car Ritchie ne laisse rien passer à côté, et fabrique sans le savoir un film peut-être plastiquement plus radical qu’il n’en a l’air. C’est la qualité de ce métrage : au-delà de sa direction artistique chiadée tout au long de ses deux heures, le réalisateur n’a pas donné de limites à un style toujours aussi grossier et tente, naïvement, de l’appliquer à la recette très quadrillée du film d’espionnage. Ritchie semble assumer les limites de son scénario, simple et simpliste relecture du film de guerre froide, ses failles en termes de contexte historique, pour ne procurer qu’un plaisir animal et féroce. Récemment vu dans Lone Ranger, l’Armie Hammer de Guy Ritchie, qui campe un agent russe nerveux, n’est pas utilisé au service d’un même discours – plus incisif et quasi-politique chez Gore Verbinski – mais dispose de cette même symbolique super-héroïque qui confère à ce film « d’époque » une étrange fantaisie qui ne se dissipe pas. C’est ainsi davantage dans le mélange des modes de la comédie que dans le pur film d’action que Ritchie réussit son essai. Incapable de monter correctement ses séquences, enchaînant les effets visuels immondes, il échoue là où on l’attend véritablement, ne faisant du film d’espionnage qu’un décorum pour un duel rigolard entre deux agents de camps opposés. Ca aurait pu être une pastille de quelques minutes, il en fera un film de deux heures. Comme dans les Sherlock Holmes, le buddy-movie donne plus de plaisir en quelques rares scènes que sur l’intégralité du métrage. La montée en furie de l’agent russe, porté par l’impassible visage d’Hammer, fait souvent rire. Mais c’est bien dans l’ambiguité derrière cette relation forcée, fidèle à toutes celles qu’a mises en scène Ritchie, qu’une certaine cocasserie s’impose, à l’instar d’une scène de défilé où les deux agents exposent pleinement leurs divergences par la mode.

L’ensemble est assez distrayant, entrecoupé d’apparitions furtives d’un Hugh Grant vieilli mais instantanément fascinant, pour ne pas totalement décevoir. Il n’en demeure pas moins que le constat, sur un plan général, prouve bel et bien l’inertie du style du cinéaste. S’il parvient à de rares instants à livrer ci et là une séquence d’action véritablement marquante (un assaut en split-screens rapide et racé, où la musique de Daniel Pemberton trouve son paroxysme), reste ce didactisme déplacé quand le jeu de rôles s’ouvre dans la dernière demi-heure du film. Chaque effet est dépouillé de son mystère et souligne le caractère purement fonctionnel de la mise en scène de Ritchie, venu ici pour simplement officier à une mise à jour sur grand écran d’une série oubliée par le grand public. Finalement, la révélation finale est une déception, puisqu’elle rappelle immédiatement le film sur les rives des grosses productions actuelles, où chaque film ne fait qu’en annoncer un autre et n’acte jamais son potentiel à l’image.

Frustrante après coup, la proposition de The Man From U.N.C.L.E est un plaisir éphémère, qui regarde joliment vers le passé sans pour autant se risquer à offrir au spectateur un objet différent de ce qui se fait aujourd’hui. Paradoxe constant d’un film classieux mais trop sage, et d’une filmographie anciennement incontrôlée (rappelons-nous les errances visuelles et morales du charmant Rock’n’rolla) et qui devient aujourd’hui informelle.2 étoiles et demi

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