Pan de Joe Wright

PanPan, réalisé par Joe Wright
Avec Levi Miller, Hugh Jackman, Garrett Hedlund et Rooney Mara
Scénario : Jason Fuchs, d’après l’oeuvre de J.M. Barrie
Durée : 1H51 / Date de sortie : 21 octobre 2015

Comme beaucoup d’oeuvres prétendument destinées à un public enfantin, Pan utilise le canevas de l’histoire extraordinaire d’un enfant ordinaire. Dans une Angleterre de Seconde Guerre mondiale, Peter est l’un des nombreux pensionnaires d’un orphelinat où les nonnes règnent en maîtresses implacables d’un monde quadrillé et rationalisé (le nôtre, aujourd’hui ?) qui recèle de nombreux mystères. Au cours d’un prologue purement Dickensien, Joe Wright se permet pourtant déjà de nombreux audaces visuelles et narratives qui font dérouter cette mécanique. En quelques minutes à peine, se greffent à cette initiation un film d’évasion épatant et les prémisses d’une œuvre d’aventures loin d’être anodine. Devenu en une adaptation de Tolstoi avec Anna Karenine la nouvelle promesse d’un cinéma classique dans le sens le plus noble du terme, faisant d’un espace scénique des plus réduits le cadre d’une histoire grandiose et destructrice, Wright voit ici très grand.

En prenant possession de ce blockbuster à 150 millions de dollars, aussi réjouissant qu’imparfait, il s’affirme même comme un réalisateur à l’empreinte irrésistible, à mi-chemin entre le classicisme d’un Spielberg et le faste visuel de Gore Verbinski sur Pirates des Caraïbes. Son récit ô combien classique et linéaire contient en lui une infinité de nuances qui en fait une œuvre à différents degrés de lecture. Dans la plus sombre page de l’Humanité, l’échappatoire par l’imaginaire est aussi un moyen d’y faire refléter les angoisses du réel. Ce jeu d’équilibriste trouve son point culminant dès l’ouverture éblouissante du film, et ne sera jamais égalée par la suite. Passée la découverte de l’univers riche et baroque du film, où le Nevermind de Nirvana s’entrechoque au Neverland de James Matthew Barrie, Pan est entrecoupé de temps morts qui empêchent d’adhérer pleinement à la proposition de Wright et ce même si elle trouve dans ses fulgurances une puissance inouïe.

L’ambiguïté des personnages, sur leur passé et la manière dont chacun est lié à un autre, emprunte progressivement des chemins plus balisés. La prestation d’abord fascinante de Hugh Jackman est écrasée sous le poids du manichéisme et les seconds rôles ne trouvent que peu d’espace dans l’immensité du champ visuel du cinéaste britannique. Si bien que la fin, puisant pourtant des influences bien plus contemporaines (la Forteresse de Solitude de Superman), demeure anecdotique. Le charme du numérique s’étiole du fait de l’inconstance de son scénario. Les vrilles de la caméra de Wright sont toutefois passionnantes à suivre : comme seuls les Wachowski peuvent le faire aujourd’hui, le cinéaste ne se donne aucune limite à son imagination. La poursuite entre un bateau pirate et des avions de guerre dans le ciel londonien est en cela l’une des séquences les plus imaginatives vues au cinéma cette année. Son style est en constante évolution : de la magnifique épure et de l’émotion contrite d’Anna Karenine ou de Reviens-moi, Joe Wright se fait avec Pan le bâtisseur d’un cinéma fracassant, coloré et populaire.

Si son film a bien des imperfections, son pouvoir d’attraction est réel tant il convoque dans cet univers a priori inoffensif les fantômes et les torpeurs du passé. L’Anglais, tout en révolutionnant à nouveau sa réalisation à coup de mouvements virevoltants et d’éblouissants jeux d’échelle, continue de creuser le sillon d’une filmographie qui, sous le vernis des oeuvres imposantes qu’il réhabilite, prétend à comprendre à hauteur d’homme(s) les passions et les tourments de l’existence. Pan est un film sur un enfant qui veut comprendre qu’il est : en cela, il est un film dans la droite lignée des précédentes productions de Wright, et c’en est un beau.3 étoiles et demi

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