Crimson Peak de Guillermo del Toro

Crimson Peak

Crimson Peak, réalisé par Guillermo del Toro
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain et Charlie Hunnam
Scénario : Guillermo del Toro et Matthew Robbins
Durée : 1H59 / Date de sortie : 14 octobre 2015

Il y avait quelque chose d’assurément excitant à voir Guillermo del Toro, auteur des beaux L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, retrouver les bancs du cinéma d’épouvante. L’enthousiasme généré par les images précédant la sortie du film laissait non seulement penser que le Mexicain avait retrouvé l’essence d’un cinéma gothique, mais, qu’avec les récents Hellboy : les Légions Maudites et Pacific Rim, il avait aussi gagné en grandeur dans la mise en scène. Les premiers instants du film vont dans ce sens, et de quelle manière !

Balayant la grande majorité des productions horrifiques actuelles par son esthétisme d’emblée époustouflante, ce qui surprend dans Crimson Peak c’est d’abord sa générosité, son optimisme et son actualité. Dans une Amérique au début du XXème siècle, nous voilà en compagnie d’une Mary Shelley en puissance, Edith Cushing, qui veut s’imposer dans le monde littéraire. Les conventions de la société lui commanderont une autre volonté, elle qui voulait écrire des récits de fantômes. Les personnages féminins ne sont pas rares dans le cinéma d’épouvante, mais celui porté par Mia Wasikowska détonne véritablement. Il confirme en 2015, après la Furiosa de Mad Max et la Casey de Tomorrowland, un désir de cinéma tourné vers l’émancipation des femmes dans un ordre établi. Thème ô combien passionnant auquel del Toro lui injecte le romantisme noir de la littérature. En cela, Crimson Peak crée un premier décalage en affirmant l’importance des récits d’antan. A chaque personnage il trouve un pendant romanesque et un genre dont il se fera l’étendard. L’héroïne sera une sorte de double de l’auteur de Frankenstein, le personnage de Tom Hiddleston un entrepreneur aux abois, Jessica Chastain une soeur possessive et spectrale puis, en second plan, celui de Charlie Hunnam un détective sorti de l’esprit d’Arthur Conan Doyle. L’importance de la littérature conduit à un mélange des récits qu’affectionne tant del Toro. Son film n’est pas tant une romance gothique qu’un jeu d’influences pervers et malin.

Crimson Peak est de cette sorte une oeuvre-somme dans l’univers du cinéaste, à laquelle il offre un emballage magnifique. Chaque scène ou lieu commun que joue del Toro est sublimé par des mouvements de caméra majestueux. Il transforme une danse en un fourmillement d’idées sur le monde dans lequel se déroule le film, lui injecte une liberté de ton, la lave de ses conventions habituelles : Crimson Peak n’est pas un film commun dans sa représentation des genres, pour sûr. La fascination du cinéaste pour les métamorphoses y trouve aussi son point culminant, tant dans la mutation progressive de son univers visuel que dans des personnages aliénés. Le symbolisme de la mise en scène est éclatant : les murs transpirent de l’argile comme du sang, l’immaculée des flocons de neige se brouille à l’impureté industrielle de l’époque. Comme personne, del Toro comprend les codes du cinéma gothique et est capable d’en restituer la splendeur d’antan. Incontestablement, c’est un exercice de style parfaitement effectué. Si bien qu’il est aussi compliqué de trouver sa place face à l’imposante beauté du film.

S’il n’avait eu aucun mal par le passé à intégrer le spectateur à ses explorations, Crimson Peak est un peu à l’image de ses productions récentes, formellement intéressantes mais parfois dénuées de force. Il y a un côté programmatique au film qui empêche de surprendre le spectateur. La répétition minutieuse de décevants jump scares et l’intégration du numérique pour représenter les chimères du château ne convainquent guère. Del Toro semble en effet vouloir concilier les codes du cinéma d’épouvante, sans se soucier des époques, mais il y a quelque chose qui ne marche pas entièrement. Comme prisonnier de son cocon visuel. Mais est-ce bien là qu’il faut chercher la vraie raison d’être du film ? Le voile constant qui l’enveloppe laisse penser qu’il faut bien aller voir du côté de cette histoire d’amour complexe, de deux êtres en marge de leur société, pour trouver les réjouissances du métrage. Aussi rares sont-elles durant quasiment deux heures, elles augurent une progression dans le cinéma de del Toro et se démarquent du cynisme souvent marqué du cinéma de genre actuel. Plus que comme un auteur post-moderne du cinéma d’époque, il s’affirme en un représentant d’un cinéma largement porté vers les ambitions romanesques.

Paradoxalement figé dans sa flamboyante beauté, le rendant parfois vain, mais passionnant du fait de son hybridité, le film de Guillermo del Toro est une synthèse des obsessions du cinéaste qui aurait gagné à être plus percutant, et ce malgré un dernier quart visuellement ébouriffant. Le mélange des genres et des formes cinématographiques offre quelques moments de pur cinéma, mais il laisse aussi un sentiment de perplexité quant au manque notable d’émotions, évidentes et essentielles dans les précédentes oeuvres du Mexicain.3 étoiles

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