Star Wars : le Réveil de la Force de J.J. Abrams

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Star Wars : le Réveil de la Force, réalisé par J.J. Abrams
Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac et Adam Driver
Scénario : Lawrence Kasdan, J.J. Abrams et Michael Arndt
Durée : 2h16 / Date de sortie : 16 décembre 2015

Au moment où retentissent les notes du thème musical de John Williams, on se souvient : de l’attente, de la peur, des images de ce doux mois de décembre puis d’avril qui voulaient ramener à la vie les fantômes et forger de nouveaux mythes. Puis, le balayage médiatique et le silence. Il y a un peu de tout ça dans le Réveil de la Force, septième volet d’une saga légendaire dont le cheminement artistique sur 40 ans mériterait à lui seul l’attention. C’est un film d’ombres auquel on assiste ici (la quête est une image du passé qu’on ne verra qu’une fois en deux heures et quart), plein de souvenirs et ne traçant que des incertitudes. Rien du chef d’oeuvre que beaucoup aimeraient voir, bien évidemment. J.J. Abrams, malgré toute la sympathie qu’il génère (ses relectures de Star Trek et Mission Impossible sont très réussies, son Super 8 plus inégal), n’a rien d’un génie. Il réhabilite et redynamise, au lieu de recréer.

Du fait de la popularité de la saga, la mise en scène d’Abrams passerait presque à la trappe tant l’univers est un ravissement pour les yeux, et pourtant elle est bien là, présente au milieu d’un festival de clins d’oeil aux fans. Plus classique, plus spectrale aussi, constamment la tête dans les nuages ou au coeur du fracas. L’Américain, habitué à commander ce genre de machine à divertir, occupe l’image comme peu de réalisateurs de son époque. Pas de moments d’ennui, des enjeux par-dessus la tête et une volonté claire de toujours mettre cette jeunesse, si dépréciée, critiquée pour son oubli des mythes fondateurs, au coeur du processus narratif. Les nouvelles têtes de Star Wars méritent à elles seules le déplacement : Daisy Ridley est impeccable, sobre mais confiante, de même pour John Boyega, dont le dilemme moral est souvent ce qu’offre de mieux le film. Puis il y a Oscar Isaac et Adam Driver, deux acteurs fabuleux qu’on voit plus souvent au cinéma et qui produisent les meilleures scènes du film. L’un est un chevalier des airs, qui rappelle ce que Star Wars est par essence, un spectacle enivrant et iconique; l’autre, le nouveau méchant de la saga, dont la violence contenue dans ce visage angélique ferait oublier toutes les critiques qu’on a pu entendre lors de la création du film. Le rachat de Lucasfilm par Disney n’a pas rendu la saga fade, loin de là.

Tout est fait pour le fan, peu d’audace (la composition musicale de Williams très discrète), mais les thématiques éternelles d’Abrams, sur le temps et notre rapport à la mémoire, hantent plus que jamais dans ce septième volet. Les retrouvailles entre les anciens personnages sont clairement inscrites comme des éléments scénaristiques, les nouveaux acteurs semblent parfois s’encourager à travers des pensées dites à haute voix. On peut bien reconnaître cela à Lucas : plus qu’aucune oeuvre de cinéma, Star Wars s’est bâtie dans le temps, liant les générations (de la trilogie originelle, puis de la prélogie décriée) autour de mêmes symboles. Elle trouve aujourd’hui sa consécration dans le processus créatif. Autant de plans de main tendue qui montrent une volonté d’adhésion, à accorder les violons entre les deux temporalités ici mêlées.

Un désir louable pour le Réveil de la Force, mais qui manque incontestablement de puissance, d’animosité. De l’humanité et de la passion, il en déborde par tous les pores (dès une magnifique et opératique première scène d’attaque) mais le film ne transcende jamais son postulat. Comme enfoncé dans sa mécanique de ralliement, cet épisode fait davantage figure de transition que de célébration. Tout reste ici à construire. Souvent prévisible, calquant son récit sur celui de Un Nouvel Espoir, il se vit comme un songe à la mémoire d’une oeuvre phénoménale, traversée d’instants de pure grâce. On sort enthousiaste, car le spectacle est beau, parfois lyrique, mais quelles images resteront ? Il y a des sensations, des matières (des paysages de sable aux sublimes forêts enneigées) mais aucune séquence prête à s’inscrire dans la pérennité. Abrams trouve ici le terrain de jeu qu’il avait toujours rêvé d’exploiter, en rejoue les plus belles scènes, mais le Réveil de la Force, s’il reste un beau film de mise en scène, semble dépendant du futur de cette nouvelle trilogie qui s’ouvre, pour en voir le plein intérêt. Au demeurant, il reste cette parenthèse cinématographique, cette salle de cinéma plongée dans l’extase d’un instant rare et singulier que seul Star Wars peut encore provoquer.3 étoiles

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