Tokyo Tribe de Sono Sion

Tokyo Tribe
Tokyo Tribe, écrit et réalisé par Sono Sion
Avec Ryohei Suzuki, Yôsuke Kubozuka, Akihiro Kitamura et Riki Takeuchi
D’après l’oeuvre de Santa Inoue
Durée : 1H56 / En DVD et Blu-ray le 2 décembre chez Wild Side

L’inspiration de Sono Sion est une singularité dans le cinéma actuel. Avec au moins six films réalisés en 2015, le cinéaste japonais, dont les oeuvres ont gagné en folie et en radicalité, tend à travailler tous les genres populaires. Aussi, avec Tokyo Tribe, il ne s’attaque pas tant au film de gangs qu’au cinéma à grand spectacle, en général. Le sentiment de confusion que représentera ce nouveau métrage aux néophytes sera sans doute aussi grand que le plaisir procuré. Eclaté, souvent inégal en termes de rythme, son ambition et sa fureur finissent par l’emporter par K.O.

Méconnu en France, le cinéma de Sono Sion gagnerait à être vu tant il incarne une forme de liberté de tons rare. Love Exposure, oeuvre monumentale de quatre heures, nous avait prouvé le potentiel de Sion quand il s’abandonnait au cinéma de genre. Tokyo Tribe est donc bel et bien le film le plus accessible du cinéaste, en même temps que son plus grandiloquent. Dans cette guerre de gangs, tout est illuminé, claque aux yeux du spectateur. L’univers du film est si vaste, qu’il faut d’ailleurs une longue exposition pour pouvoir ensuite véritablement pénétrer son sujet, si toutefois un seul devait sortir du lot. C’est sans doute la limite du film qui, en tant que pur exercice de style, peine parfois à passionner autant qu’il espérerait. Le sentiment grisant des images et des morceaux de rap qui déferlent ne suffit pas à remplacer le regard incisif du cinéaste sur la société japonaise. Comme une parenthèse dans une filmographie qui a toujours su alterner folie et tragédie, et qui aujourd’hui explose.

Sono Sion ne s’impose aucune limite, et délaisse rapidement la narration pour laisser simplement le rap et une utilisation massive des plans-séquences comme seuls maîtres à bord du film. Cela donne lieu à des moments d’excitation réels, mais rend finalement le tout presque antipathique, car cloisonné par un dispositif trop ambitieux. L’outrance du geste crée un effet de redondance qui est difficilement explicable à une époque où le cinéma d’action ne s’embarrasse plus à offrir ce que le spectateur lui demande, et génère une sérialisation du cinéma. Tokyo Tribe regorge de séquences folles, mais le surjeu constant (les acteurs agacent plus qu’ils n’amusent), l’outrance inscrite dans l’identité du film et l’humour très scabreux ne font qu’alimenter une forme de lassitude qui progresse. Seul le final, pure explosion visuelle et auditive, réveille un peu une machine qui a ronflé pendant une bonne heure.

Tokyo Tribe est donc un film musical très amusant, unique en son genre. Le jusqu’au-boutisme de Sion, sa signature qui lui permet un constant renouvellement, trouve cependant ses limites dans ce spectacle plaisant mais restreint. Il est passionnant de voir le Japonais s’opposer au grand spectacle, le tordre par sa folie, mais il est évident qu’il ne trouvera pas l’approbation de tous les publics. La structure musicale qui se cale sur la narration crée un effet opératique et la grandiloquence permanente du film produit autant de réussites (visuelles) que d’échecs (les prestations et un scénario éclaté). Ce n’est certainement pas ce film qui permettra une meilleure exploitation du cinéma de Sono Sion en France, mais cette bizarrerie aura le mérite de se distinguer de l’hégémonie américaine en termes de grand spectacle.3 étoiles

Merci à Wild Side de nous avoir permis de découvrir le film…

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