Carol de Todd Haynes

Carol
Carol, réalisé par Todd Haynes
Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler et Sarah Paulson
Scénario : Phyllis Nagy, d’après l’oeuvre de Patricia Highsmith
Durée : 1h58 / Date de sortie : 13 janvier 2016

On y voyait une histoire d’amour troublante, une de celles qui peuvent nous emporter, nous faire oublier toute quête de rationalité. On y voyait un réalisateur de retour après neuf ans d’absence. Puis, surtout, un beau dialogue en vue entre deux actrices sublimes, la conquérante Cate Blanchett, cette beauté figée dans l’intemporalité, et la jeune Rooney Mara, dont la délicatesse rayonne ici. Carol est d’ailleurs davantage son film à elle, qu’à Blanchett, qui connaît la mécanique et récite sa performance. Trop facile presque, Cate. Comme à son habitude, Todd Haynes n’a pas choisi le classicisme pour raconter son histoire. Il s’embourbe, dès l’ouverture, dans une tortueuse et embêtante prolepse pour raconter une histoire d’amour qui se révèlera assez convenue. Son film sera celui de fantômes, du passé, ressuscitant dans l’Amérique des années 50 tout le charme de la ville et de ses vagabondages.

On alterne successivement un regard sur une aristocratie qui s’ennuie, sur une jeunesse qui veut marquer son époque par l’art, mais rien ne surgit véritablement de l’ensemble. Il manque simplement un souffle à ce Carol pour transformer et sublimer la photo déjà ravissante d’Edward Lachman, dont le grain se mêle aux neiges et aux lumières de la nuit. On comprend d’ailleurs assez rapidement que le film n’accouchera jamais de l’embrasement espéré, Haynes s’évertuant à rompre avec toutes les facilités du genre : la rencontre est à la fois pure et abrupte. Deux regards opposés, déjà convaincus d’un amour qui ne sera pas paisible dans une époque de tous les interdits. Rien d’autre. La société est écartée, seulement dressée d’esquisses, par ses mondanités, ses neiges et ce désir universel de partir loin, très loin. Le spectateur n’est jamais pris par la main, et le montage en viendrait presque à sacrifier des acteurs qui, pourtant, brillent de milles feux lorsqu’ils apparaissent : Kyle Chandler en mari passionné et dépassé apparaît en quelques images plus fascinant que le film lui-même, relevant cette splendeur plastique d’un trouble éphémère. Puis, Rooney Mara, encore une fois. Qu’elle rit, sourit, pleure ou rêvasse, on la suit bec et ongles dans ses dérives, dans sa folie aventurière. Toutes les époques lui vont. Sans avoir besoin de palabres, son regard et ses douces mimiques suffisent à donner un peu de caractère à ce film très joli mais bien trop poli.

On attendait de la foudre, on fera avec la beauté des cadres de Todd Haynes. Rien de très surprenant, malheureusement. Le deuxième acte du film, un voyage sur les routes américaines, aurait pu marquer un tournant. On se serait plu à voir Blanchett et Mara se débattre contre les tempêtes de l’Est américain, mais Haynes préfère contraindre ses héroïnes, dans des décors de salon ou de chambre, à des bouleversements souvent intérieurs, se penchant sur leurs désirs inassouvis et cette question persistante, entêtante : l’amour, plus fort que le temps et ses contraintes ? A défaut d’être un film bouleversant, Carol reste un objet fascinant à observer, teinté d’une photographie somptueuse et d’une direction d’acteurs irréprochable. Ce n’est pas suffisant pour que le film demeure dans nos esprits, surtout après tant de temps à attendre Haynes, mais il y a un désir de cinéma, semblable à celui de ses personnages, qui déroge à toutes les conventions contemporaines. Des silences qui parlent mieux que des poèmes.2 étoiles et demi

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