Spotlight de Tom McCarthy

Spotlight
Spotlight, réalisé par Tom McCarthy
Avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schreiber
Scénario : Josh Singer et Tom McCarthy
Durée : 2h08 / Date de sortie : 27 janvier 2016

Il n’avait pas besoin d’être noir, faussement psychologique, son sujet portant déjà en lui-même assez d’horreur. Il n’avait pas non plus à être une vision pleine de traumas intérieurs et de secrets du monde du journalisme. Et il n’y avait, en aucun cas, besoin d’aller chercher un coupable dans un scandale, tant le reflet qu’il offre sur le monde et les Etats-Unis est la seule réponse qui semble intéressante. Ça tombe bien : Spotlight n’est pas ça. Si le film répond à un grand nombre de critères qui en fait un parfait concurrent pour cérémonies et autres récompenses (casting béton, sujet lourd et mise en scène savamment à l’écart), Tom McCarthy prend, à l’instar de ses personnages, un contre-pied pour raconter une histoire à la fois simple et terriblement complexe. Trouver les salopards est accessoire, nous dit le film. Pénétrer le système ô combien malsain et corrompu du clergé, là est la vraie source de plaisir.

Et il est vrai que le film, peu spectaculaire mais d’une efficacité redoutable, procure des scènes plaisantes, qui nourrissent notre instinct d’enquêteur éphémère. C’est une oeuvre qui croit dans les travailleurs, eux qui mènent l’enquête, évitent les coups et redoublent de force dans le dernier sprint. Les héros de Spotlight sont des bosseurs, des pointures dans leur domaine. La remise en cause n’est jamais apparente, car seule importe la découverte et ce qui en découle, la vérité et la qualité sur la quantité. La mise en scène de McCarthy est basique, sinon simpliste (succession de champs/contrechamps, épuré à l’extrême) mais le projet du film ne manque pas d’ambition. De ce qui s’annonçait comme un film d’enquête, dont les influences des Hommes du Président semblent évidentes, dérive peu à peu vers une vision profondément déconcertante d’une Amérique aux accents sectaires. Plus le film avance, plus on se rend compte de la place que la croyance a chez chacun, que des personnages ont fréquenté les mêmes lieux, la même église. Que celle-ci était au coeur de chaque école et que les souvenirs des héros demeurent liés à cette emblème d’une Amérique qui attend toujours sa reconstruction. L’Eglise soigne les plaies des crises, elle guette dans l’ombre, soigneusement cachée par le film, uniquement présentée comme une entité si puissante qu’elle n’a plus rien d’humain.

Toute l’intelligence du film est peut-être d’ailleurs de faire dans ce nouveau monde sans frontières (éclatées par Internet ou le 11 septembre, qui se déroule sous nos yeux) un véritable labyrinthe mental au coeur même du journal. Il n’y a d’ailleurs jamais rien d’aussi exaltant dans le film que de voir les personnages circuler parmi les rayons sans fin d’archives, en quête de réponses qui sont sous leurs yeux. L’Histoire est fourbe, tapie dans les souvenirs et la superstition. McCarthy déroule son film simplement, racontant le plus communément son histoire, d’un point A à un point B, mais il le fait bien, sans chichis. Même la partition musicale de Howard Shore semble effacée derrière le récit, tant les acteurs et les faits révélés suffisent à la sidération. Mark Ruffalo fait ce qu’il sait faire de mieux : crier et courir dans tous les sens. Le reste du casting (Michael Keaton, Rachel McAdams et Liev Schreiber en tête) est sobre et représente véritablement un métier, en ces jours, en quête d’une nouvelle noblesse. Pour une fois, voir Ruffalo se mouvoir dans tous les sens comme un dératé ne semble pas vain : il incarne une passion qui en fait un héros à part entière, porté par sa mission. Spotlight demeure en cela un pur film de cinéma, empreint d’un beau classicisme et incontestablement divertissant.3 étoiles et demi

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