The Revenant de Alejandro Gonzalez Iñarritu

The Revenant
The Revenant, réalisé par Alejandro Gonzalez Iñarritu
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson et Will Poulter
Scénario : Alejandro G. Iñarritu et Mark L. Smith
Durée : 2h36 / Date de sortie : 24 février 2016

On n’en aurait pas voulu à Iñarritu si, comme promis, il s’était lancé dans un film de vengeance pur et efficace. On aurait pu oublier sa tendance, devenue posture flagrante, à faire du cinéma une séance d’auto-célébration, à se poser en virtuose de la focale. Mais non : emporté par sa fougue naturelle, le réalisateur a tué son Revenant dans l’oeuf, n’en faisant qu’un étrange objet filmique de deux heures et demie, perdu dans son flot d’influences et d’effets. Il aurait fallu que le Mexicain ait l’audace de resserrer son film, à l’instar de Cuaron et de son Gravity. En une heure et demi, aurait-il pu dire autre chose, ou du moins plus efficacement, sur son héros et son voyage entre vie et mort.

La première demi-heure est pourtant une démonstration de force dans la collaboration entre Iñarritu et son chef opérateur Emmanuel Lubezki (qui travaille aussi avec Cuaron et Malick). La mise en scène du cinéaste fonctionne comme rarement, alliée à la virtuosité de la photo de Lubezki. Lors d’une scène d’attaque, les deux construisent les bases d’un film massif et pesant, d’emblée pénible à regarder par sa violence exacerbée. L’un impose une lourdeur de sens immédiatement tenace, l’autre frappe le spectateur dans un déchaînement de plans-séquences tous plus impressionnants les uns que les autres. Des vrais monuments de technique. Mais passée la séquence, déjà connue de tous, de l’ours, où va le film sinon dans le mur ? On comprend en effet très rapidement que le réalisateur de Birdman n’a pas d’autre ambition que de prouver sa propre grandeur sur un cinéma populaire qu’il méprise. La quête de son héros, porté par un DiCaprio de retour à l’âge animal, est un leurre et n’est jamais vraiment abordée. Le poids de l’image, qui a le pouvoir de véhiculer les messages les plus complexes, annihile pourtant ici toute empathie, toute puissance émotionnelle ou métaphysique au service de la performance. Chacun ici vient récolter les louanges : Iñarritu entend redonner de la vie au cinéma par les reflets naturels de la photo de Lubezki (mais son film laisse entrevoir chaque effet de montage), DiCaprio bave et se roule dans la terre puis le reste du casting agit sagement : les brillants Tom Hardy et Domnhall Gleeson ne sont employés que dans des rôles automatiques.

Depuis Birdman, le virage engagé par Iñarritu est effrayant car il se projète constamment vers l’opposé de ce qu’il visait à l’origine. Là où il cherchait l’élévation de son précédent héros par l’art, il ne faisait ressortir que la médiocrité de la condition humaine dans un dernier plan des plus opportunistes. Le cinéaste ne se plaît pas dans un cinéma à hauteur humaine et regarde constamment vers le ciel. Dans The Revenant, il ne dépeint pas des hommes mais des personnages homériques, des bêtes avalées et recrachées par la nature. Le film est sauvage, mais il n’atteint jamais le Nirvana sensoriel qu’on pouvait espérer devant la beauté des images et l’ambition du projet.

Le scénario est par ailleurs si conventionnel qu’on se retrouve éjecté du film après une heure seulement. Le dernier quart d’heure nous réveille à nouveau, heureusement, en abordant enfin le vrai problème du film. Redevenant le film de genre qu’il aurait dû être depuis le début, un pur western dans les neiges arides de l’Ouest américain, la résolution finale est radicale et ne laisse place à aucune illusion. Mais encore une fois, le dernier plan rappelle le spectateur à l’ordre : Iñarritu génère et ordonne le sens. Aucune place pour lui dans cette démonstration technique et émotionnellement dépouillée : The Revenant est un ratage d’autant plus fort qu’il avait l’ambition véritable de sublimer le spectacle populaire et qu’il ne fait que le rendre plus lisse. Le film restera un cas d’école: à photo sublime et performances habitées, l’incarnation du cinéaste reste encore fondamentale dans le fonctionnement d’un film. Tandis que Malick ne se satisfait plus des contraintes du cadre dans le touffu et insensé Knight of Cups, que Cuaron dépasse les étoiles pour parler des hommes, il est urgent pour Iñarritu de retrouver le monde. Pour un peu de vie dans un cinéma qui étale sa superbe bêtise.1 étoile et demi

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