Triple 9 de John Hillcoat

Triple 9
Triple 9, réalisé par John Hillcoat
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Casey Affleck, Anthony Mackie, Kate Winslet et Woody Harrelson
Scénario : Matt Cook
Durée : 1h56 / Date de sortie : 16 mars 2016 en salles et 19 juillet 2016 en DVD et Blu-ray chez TF1 Video

Face à un cinéma d’action qui tente de remuer vainement la poussière qui trône sur ses stars d’antan (la trilogie Expendables, pour ne citer que), Triple 9 ressemblait à une version sous influences et surclassée du polar américain d’aujourd’hui. Avec son casting de champions toute catégorie du cinéma US (Kate Winslet, Casey Affleck, Woody Harrelson, Aaron Paul et bien d’autres…) et sa scène d’ouverture qui rejoue le Heat de Michael Mann, John Hillcoat sort la grosse artillerie pour mettre définitivement un coup sur la concurrence dans le genre. L’Australien, déjà auteur du beau et intense Des hommes sans loi, parvient pendant une petite demi-heure à répéter, de sa sécheresse de mise en scène, le petit exploit qu’il avait fait par le passé sur le film post-apocalyptique (La Route) et le western (The Proposition).

Malheureusement, passées une présentation plaisante des barbares qui composent le film et une scène de braquage classieuse (que le cinéaste agrémente d’un brin d’absurdité avec une voiture brisant le conformisme américain d’une poudre rouge et prophétique), le film de John Hillcoat devient vite pénible, peinant à dépasser son statut de réunion de gros bras. Pas franchement aidé par un scénario lisse de Matt Cook, le réalisateur n’arrive pas à donner une consistance suffisante à des joutes verbales toutes très fournies en testostérone qui se répètent inlassablement. Résultat d’autant plus déplorable que ses têtes d’affiche, quand elles sont bien servies en répliques et en péripéties, livrent des prestations impeccables, Winslet et Affleck masquant les très moyens Aaron Paul et Chiwetel Ejiofor.

Il est difficile de savoir ce qui déconne véritablement dans la machine du film. Tout finissant par s’exprimer sur un même niveau monolithique (quid des géniaux Atticus Ross et Nicolas Karakatsanis, effacés), Triple 9 ennuie, quand il pourrait tout faire exploser. Si sa fusillade dans les cités d’Atlanta, à la moitié du film, rappelle les qualités de filmeur de John Hillcoat, capable de faire d’un espace restreint un champ de bataille, la fin est expédiée (le braquage final et l’activation du 9-9-9) ou inutilement longue (trouver la taupe), empilant les effets de style pour conclure à cette même conclusion, faussement nihiliste, que le film agitait tout du long. Le monde selon Hillcoat est pourri de l’intérieur, en effet. Avarié comme un fruit laissé au soleil des hommes, autour duquel ne tournent que les mouches et les cafards. Mais un an après le regard apocalyptique de Michôd dans The Rover et le portrait glaçant de l’Amérique post-Bush par Andrew Dominik avec Cogan, Triple 9 paraît tiède, loin des ambitions anarchistes de son synopsis. Aurait-il gagné à se libérer de son ultra-réalisme pour être l’œuvre déglinguée qu’il visait, avec des indices aussi évidents que le « Zombies ahead » entrevu en pleine virée ou la prestation allumée de Woody Harrelson.2 étoiles

S’il est techniquement irréprochable, le DVD s’avère très décevant en termes de bonus, n’offrant que de maigres scènes coupées et deux pastilles de making-of proches des suppléments promotionnels. On en attendait pas tellement au vu du film, mais le résultat reste pauvre et aurait mérité un vrai making-of pour entrevoir la fabrication du film, et notamment de sa séquence inaugurale.

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