Les Ardennes de Robin Pront

093929
Les Ardennes, réalisé par Robin Pront
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Veerle Baetens, Jeroen Perceval, Kevin Janssens et Eric Godon
Scénario : Robin Pront et Jeroen Perceval
Durée : 1h33 / Dates de sortie : 13 avril 2016 au cinéma et le 6 septembre 2016 en DVD et Blu-ray chez Diaphana

Michael R. Roskam parti aux Etats-Unis (avec le superbe Quand vient la nuit), Felix Van Groeningen ayant légèrement déçu avec un ambitieux Belgica qui péchait par une durée excessive, on attendait un rebond du cinéma flamand,. Le premier film de Robin Pront, produit par Roskam, respire la bestialité d’un Bullhead. Mais, le jeune réalisateur, loin de se faciliter la tâche dans un exercice de copier-coller, préfère habiter des genres et des formes qui semblent au départ assez éloignées du polar. Le premier acte du film, un triangle amoureux doublé d’un récit familial abrupt, est en cela passionnant. Parce qu’en concentrant sur des faux hors champs tous les enjeux et la tension autour de la famille, les Ardennes prend d’abord l’aspect d’une comédie noire intelligente et réussie. Voir la mère déballer sa fatigue à devoir s’occuper de son fils fraîchement sorti de prison a quelque chose de frais, d’inattendu dans le genre.

Le film traversant une multitude de décors du polar (de la boîte de nuit au Noël en famille), égrainant sans cesse les indices de son chaos à venir, il n’y a aucune surprise à voir lentement le potentiel du métrage perdre lui aussi de sa valeur. C’est peu dire qu’entre les deux actes qui divisent le film, et l’escapade jusqu’aux Ardennes, alors devenues symboles de l’aliénation de la fratrie par l’effet du temps (« beaucoup de choses ont changé en ton absence », ne cesse de répéter Dave à Kenneth, portés de manière impériale par Jeroen Perceval et Kevin Janssens), le film engage un virage référentiel des plus radicales. Étrangement, c’est en même temps que Pront, en devenant moins ambitieux dans sa mise en scène, enchaînant les twists de bas étage, qu’il est le plus intéressant. En ne filmant plus que des hommes, impuissants, en équilibre entre la vie et la mort (les rapides apparitions de Jan Bijvoet et Sam Louwyck sont en cela marquantes), Pront s’affirme davantage dans le sillon d’un Nicolas Winding Refn. S’il ne prétend jamais avoir l’ambition esthétique de son aîné, cette histoire de non-communication entre deux frères opposés en tous points, l’un voulant être « banal » et l’autre condamné à être un animal jamais tranquille, n’est pas sans rappeler Only God Forgives.

C’est finalement cet enchevêtrement de références et l’ambition silencieuse mais herculéenne de Pront à transposer les tragédies de Shakespeare au polar contemporain et social qui donnent un charme aux Ardennes. A défaut d’être inoubliable, les secrets qui agitent constamment la famille maintiennent une tension, que Pront sait maîtriser et faire évoluer. Si sa conclusion est une déception en renvoyant de façon trop flagrante à des pointures du genre (le Seven de David Fincher en ligne de mire), il y a une promesse dans le cinéma du jeune cinéaste. Plus un exercice de style qu’un vrai film de cinéma, où le Belge se confronte directement aux contraintes esthétiques et narratives du polar (le film est une adaptation d’une pièce de théâtre), Les Ardennes parvient à conserver l’intérêt du spectateur sans jamais créer un enthousiasme débordant. Fait à signaler dans cet immense capharnaüm qu’est le polar aujourd’hui. Reste désormais au cinéaste de cadrer ses influences dans un vrai récit pour atteindre l’exigence formelle de son producteur et mentor Michael R. Roskam.

3 étoiles

DVD assez sommaire offert par Diaphana. Si techniquement, il est au niveau des autres éditeurs, en matière de bonus le contenu est très quelconque. Avec un très court entretien du cinéaste quant à la fabrication du film, le distributeur déçoit un peu. Des extraits de la pièce de théâtre, à l’origine du projet même de Pront, auraient pu donner un aperçu du matériau de départ. Dommage.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s