Sing Street de John Carney

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Sing Street, écrit et réalisé par John Carney
Avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor et Maria Doyle Kennedy
Durée : 1h46 / Date de sortie : 26 octobre 2016

Un peu orphelin de vraies comédies populaires, qui ne porteraient pas sur des sujets sociaux lourds ou écrasées d’une démagogie crasse, Sing Street arrive avec sa dégaine de teen-movie un peu nostalgique pour casser la routine. On n’avait pas vu pareil film dans le paysage britannique depuis l’imparfait mais galvanisant Good Morning England de Richard Curtis. Une éternité. Ce métrage, réalisé par l’excellent John Carney, y va, n’évite jamais les bons sentiments. Il s’y empêtre même dedans. Mais c’est d’abord le sérieux à la tâche qui émerveille dans cette comédie romantique où un adolescent forme un groupe de rock pour séduire une jeune fille. Le sérieux avec lequel le héros s’applique à créer de la musique, allant piocher sur les conseils d’un grand frère génialement porté par Jack Reynor dans le meilleur des années 80 (The Cure, Duran Duran, Hall and Oates, l’ombre de U2 dont Bono est cité aux remerciements), et celui de John Carney, dont l’enthousiasme dans la réalisation n’est jamais de trop.

Non seulement a-t-il composé des morceaux imparables avec Gary Clark pour sa bande-originale, mais il écrit aussi ce très beau portrait doux-amer d’une jeunesse irlandaise en quête d’identité, d’un ailleurs où l’explosion de la famille n’est pas sans rappeler celle d’un pays tiraillé politiquement. N’appuyant jamais de pathos le sort de son héros (dans le cocon familial comme dans sa difficile intégration scolaire), préférant au contraire utiliser l’ironie et le verbe comme armes imparables au cynisme et à l’ignorance, Sing Street parvient à créer une rythmique démentielle.

Tout comme Freaks and Geeks avant lui, le film de Carney fonctionne parce qu’il n’a pas d’autre but que celui de raconter une petite histoire, a priori sans incidence, un quotidien où les rebuts prennent le pouvoir à leur échelle. Si les chansons du film entendent parfois s’attaquer à une autorité cléricale trop présente dans l’Irlande de l’époque, Sing Street raconte d’abord une belle quête microscopique, semblable à cette scène mythique du match de baseball dans la série de Paul Feig et Judd Apatow. L’ailleurs est cloisonné à une maison, une chambre d’ado. Pourtant Carney trouve la force de l’imposer partout : dans la musique, les images (les clips, tous en partance pour devenir cultes, rappellent Soyez Sympas, Rembobinez de Michel Gondry) et l’Amour. Quoi de plus beau et naturel aujourd’hui qu’un film qui rappelle cela ?

C’est la proximité du film avec le spectateur, largement autobiographique, qui émeut par la suite. Plus que dans sa quête romantique, ce sont les dialogues entre le héros (Ferdia Walsh-Peelo, petite révélation) et son frère qui animent Sing Street, en procurent sans aucun doute les plus beaux moments. Ce grand frère, dont la présence semble parfois être du domaine du mental, est le plus beau personnage du film, en même temps que le plus complexe. Toujours nuancé, il brille par une nonchalance qui peine à cacher l’angoisse d’un futur. Il lui est dédié, comme à tous les autres.

Car, lorsqu’on a que peu à transmettre (la grande peur du métrage), la musique semble toujours faire le travail. N’offrant jamais une mise en scène révolutionnaire, mais empli d’une spontanéité qui balaye tout sur son passage, Sing Street s’impose facilement comme un des plus beaux films de l’année. Une romance jamais niaise, d’un optimisme transcendant, où l’humour n’efface jamais la violence du monde qu’il dépeint, mais ne fait que le rendre un peu plus vivable. Les films immanquables auront été rares en 2016, celui-ci en a la trempe.

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