Jack Reacher : Never Go Back d’Edward Zwick

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Jack Reacher : Never Go Back, réalisé par Edward Zwick
Avec Tom Cruise, Cobie Smulders, Robert Knepper et Aldis Hodge
Scénario : Marshall Herskovitz, Edward Zwick et Richard Wenk, d’après l’œuvre de Lee Child
Durée : 1h58 / Date de sortie : 19 octobre 2016

Il y eut un temps, pas si lointain… Un temps où Tom Cruise était l’étendard d’un cinéma d’action qui assumait son anachronisme, son refus de toute mécanique préétablie. Il se donnait toujours les mêmes rôles, mais c’étaient aux réalisateurs présents de faire varier les curseurs, de faire jouer de leur sensibilité artistique dans ce genre à part entière qu’est devenu le Tom Cruise movie (et dont la plus étincelante démonstration était la prise de pouvoir de Brad Bird dans Mission Impossible 4). Incontestablement, l’homme est une usine, et chaque film, autant de constructions de sa propre gloire, tend à épaissir la véritable mythologie qui l’entoure aujourd’hui. Mais que se passe-t-il quand, pour la première fois, cette machine commence à ronronner ?

Le problème n’est pas seulement que ce second opus des aventures de Reacher est un échec total, un spectacle pontifiant et paresseux où Zwick fait preuve d’une passivité effarante derrière la caméra, mais bien que les mécaniques du cinéma de Tom Cruise provoquent, pour la première fois, une gêne, un rire maladroit. Sans jamais avoir été un modèle du genre mais un divertissement de belle tenue, racé et exigeant, Jack Reacher compensait son cruel manque de génie narratif par un personnage éponyme iconique et implacable. Il semblerait que Zwick et son équipe de scénaristes n’aient pas voulu prendre en compte le précédent travail de Christopher McQuarrie. Les quatre années qui séparent les deux films paraissent immenses au vu des changements radicaux dans la caractérisation du héros et l’absence totale de ce qui fit le charme du premier volet. La mise en scène millimétrée de McQuarrie laisse désormais place à l’insignifiance du cinéma de Zwick, qui réalise une scène d’action avec une intensité semblable à celle de dialogues omniprésents et rébarbatifs. Le spectacle est anecdotique et barbant, deux heures d’un récital imprécis des meilleurs moments dans le genre du thriller complotiste. Avec tous les raccourcis que cela implique, bien entendu.

On peut dire adieu à la prestation fantomatique du démiurge Cruise, condamné à des répliques et des situations d’une vacuité souvent sidérante. Là où McQuarrie en faisait un spectre, une image christique en pleine formation, attendant Mission Impossible : Rogue Nation pour exploser, il est désormais de tous les plans, et étonnamment fade. Cruise est fatigué. Une aubaine dans cette filmographie. Il était un corps qui se muait, une force qui portait les films qu’il traversait. Le voilà aujourd’hui vieillissant, dans une position d’inconfort qui se lit dans les moments de répit du film, donnant la réplique dans la position d’un automate. Il court toujours, mais après quoi ? Après qui ? Le flou qui entoure cette suite, et le manque d’incarnation qui rend chaque scène plus anecdotique, laisse à penser que l’Américain ne chasse peut-être plus que le souvenir de ce qu’il a été durant ce court mais vaste âge d’or dans sa carrière.

Il n’y a certainement pas de quoi penser que Never Go Back signe le début d’une chute dans la carrière de l’acteur (le premier film n’ayant été qu’un relatif succès en salles, l’intérêt de ce second était quasi-nul). Cependant il est notable tant l’acteur a représenté pendant plus d’une décennie une figure omnipotente dans le cinéma d’action, en même temps qu’un producteur capable d’amener avec lui les cinéastes les plus inventifs (de John Woo à Spielberg). Mission Impossible 6, premier film de la saga qui verra un réalisateur officier pour la seconde fois (encore Chris McQuarrie), et signe définitif de la fin d’une ère, permettra de savoir si Cruise peut encore être ce symbole qu’il a été. Il n’y a pas si longtemps, encore une fois.

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