Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 de James Gunn

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Les Gardiens de la Galaxie vol.2, écrit et réalisé par James Gunn
Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista et Michael Rooker
Durée : 2h16 / Date de sortie : 26 avril 2017

Ça pourrait n’être qu’une suite. Une saga de plus dans l’industrie — déjà bien pourvue en franchises — d’Hollywood. Elle aurait pu être, à la manière du récent huitième volet de Fast and Furious, une énième histoire entre des individualités perdues, galvanisées par le groupe, et être ensuite complètement oubliée par le spectateur. L’accélération des modes de production cinématographique et leur sérialisation ont peu à peu rendu les sorties de blockbusters complètement anecdotiques. Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 aurait pu n’être qu’une anecdote, effectivement. Si seulement elle ne portait pas tous les stigmates d’une époque focalisée sur un passé qu’elle se fantasme et où l’on passe davantage de temps à vouloir contenter le consommateur que le spectateur de cinéma.

Dans ce second volet, toujours réalisé par l’ex-rebelle du cinéma horrifique James Gunn, il n’y a finalement pas grand-chose de nouveau par rapport à ce qui avait déjà été montré. Gunn, désormais seul maître à bord (la co-scénariste du premier, Nicole Perlman, a été écartée), persévère dans son ambition de construire un space opera à échelle humaine, iconoclaste et spectaculaire. Là où son prédécesseur avait le mérite d’avoir du cœur, de bénéficier d’un effet de surprise grâce à une écriture comique relativement efficace, cette suite s’effondre progressivement en sacrifiant toute dramaturgie sur l’autel d’un cool rance. Si on pouvait de prime abord voir le premier volet comme un récit sur les souvenirs, articulé autour d’une bande-originale rejouant les plus grands tubes des années 70 avec une mélancolie à peine dissimulée, la recette est aujourd’hui éculée. Il suffit d’assister à la séquence pré-générique, déjà très agaçante, dont le combat entre les Gardiens et un monstre est porté au second plan pour se focaliser sur un Baby Groot dansant au son de « Mr. Blue Sky » pour comprendre les intentions du métrage. L’enjeu n’est clairement plus de raconter une histoire (l’a-t-il déjà été dans la saga, puisque le premier était surtout un origin movie conçu pour poser les bases de l’univers ?), mais de maintenir le spectateur dans des attentes confortables, que le film s’évertuera à ne jamais décevoir. La relation père-fils, entre Star Lord et Ego, incarnés respectivement par Chris Pratt et Kurt Russell, qui devrait constituer le fil rouge du métrage, s’apparente à une relecture maladroite et sous-écrite de celle qui articulait auparavant un vrai grand space opera, Star Wars.

De façon plus prononcée que dans le premier épisode, Les Gardiens de la Galaxie vol.2 a quelque chose du pillage rassurant d’une culture des années 80, que le public d’aujourd’hui n’a pu connaître, et voudrait revivre, à sa manière. Outre sa bande-originale, on a le droit à des scènes d’action entre des vaisseaux pilotés depuis des bornes d’arcade, quelques clins d’œil has-been qui se veulent sympathiques. Mais tout cela sent trop la recette, et il ne faut que peu de temps (pas plus d’une demi-heure) pour voir l’ennui poindre. Ce sont donc dans les moments où le cœur n’a plus sa place, là où le film doit s’activer à demeurer une grosse machine à divertir, que s’illustre le mieux l’incapacité des productions Marvel, depuis Avengers et le début de la phase 2 du Marvel Cinematic Universe en 2012, à sortir d’une mécanique de fabrication. James Gunn déploie ici avec beaucoup de suffisance une mise en scène en pilotage automatique, répétant sans cesse la même construction pour ses scènes d’action, laides ou illisibles en grande majorité, toutes agrémentées des mêmes partitions faussement grandiloquentes de Tyler Bates. Elles se voudraient être des morceaux de bravoure, elles ne sont qu’une mise à jour du travail visuel accompli depuis au moins 5 ans chez Marvel. À force de retarder les enjeux dramatiques par un humour forcené, ce Volume 2 finit par ne plus avancer du tout, contraint à la manière d’un Star Trek : Sans limites de n’exister que par un esprit qui tient davantage du programme que de la vraie proposition spontanée. Les Gardiens de la Galaxie se rêve en grand frère d’un cinéma méta, croit bon en la force du clin d’œil sur l’esprit du spectateur, mais ne développe rien en substance.

Car c’est bien là la tragédie des nouvelles productions fomentées par Marvel : trop occupées à construire un instant, des vannes ou des scènes bourrées aux effets spéciaux qui feront plus tard la matière des réseaux sociaux (il suffit de voir les GIF qui défilent durant le générique de fin), elles manquent cruellement de concepts, de notions capables à elles seules d’embraser le plus intime des récits. Gunn aimerait parler de famille, questionner la paternité (est-ce celle dont on hérite ou une autre, plus accidentelle, qui nous forge vraiment ?), mais sa réflexion ne se limite trop souvent qu’à des  considérations plates, ne servant qu’en tant que tremplin à une bonne réplique dans le scénario. Il n’y a guère que les dix dernières minutes, particulièrement touchantes, où l’on peut alors entrevoir la lumière d’un peu de cinéma, une humanité qui n’est plus feinte, mais le mal est déjà fait. Écrasé par son traditionnel cahier des charges, Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 échoue de la même manière que les récentes productions Marvel.

Trop d’obligations commerciales et méta-cinématographiques ont fini par tuer le peu de cinéma qui s’y logeait. Chaque acteur fait ici figuration (on peut témoigner avec un brin de tristesse de la chute de Chris Pratt en acteur comique, devenu superstar trop sérieuse avec son image), les intrigues ne sont plus que des passerelles vers d’autres, mais le public est là. Il tient, il rigole, semble apprécier le moment. Un an après l’échec critique et les réactions acerbes du public face au Batman v Superman de Zack Snyder chez DC, il y a donc bien eu un basculement dans les attentes du public face au genre. Sur les cendres d’une dramaturgie considérée comme trop sérieuse et incommode, il entend retrouver le plaisir de l’âge d’or des blockbusters. Mais combien de temps l’illusion pourra-t-elle perdurer ? N’a-t-elle pas déjà vacillé ? Autant de questions qui nous donneront à l’avenir davantage de fil à retordre que ne l’aura jamais fait la projection de ce deuxième volet des Gardiens de la Galaxie. Circulez, c’est oublié.

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