Le Roi Arthur : La légende d’Excalibur de Guy Ritchie

Le Roi Arthur
Le Roi Arthur : La légende d’Excalibur, réalisé par Guy Ritchie
Avec Charlie Hunnam, Astrid Bergès-Frisbey, Jude Law et Djimon Hounsou
Scénario : Joby Harold, Guy Ritchie, Lionel Wigram et David Dobkin
Durée : 2h06 / Date de sortie : 17 mai 2017

La transformation de l’industrie hollywoodienne en un grand bassin de franchises, qui se croisent, implosent, se reforment, a fini par produire des produits hybrides. L’époque étant, il s’agit aujourd’hui de rejouer les récits et les mythologies les plus longuement imprégnés dans la culture populaire, quitte à ne plus vraiment raconter la même chose. Guy Ritchie, lui-même étendard d’un nouveau cinéma populaire anglais au début des années 2000 (dans tous les sens du terme), est devenu un tâcheron parmi tant d’autres à Hollywood par le succès de ses deux adaptations de Sherlock Holmes et le racé Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E., une autre adaptation, d’une série télé des années 60. La grande problématique du cinéma de Ritchie est celle qui agite de nombreux metteurs en scène qui oseraient travailler par l’image des ouvrages littéraires : adapter, mais à quel prix ?

Pour être clair d’emblée, l’Anglais a décidé dès Sherlock Holmes de ne pas s’embarrasser de la question et de s’aventurer dans la conception d’une œuvre hollywoodienne post-moderne qui balance le matériau original aux égouts pour ne jouer finalement que du décor et de ses contraintes. Au-delà d’une réécriture (très libre) de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, le film de Ritchie était surtout une manière de jouer avec son imagerie habituelle : du Londres mondialisé de Rock’n’rolla, il se téléportait à celui, balbutiant, de l’ère industrielle. Il y ajoutait ses traditionnels effets de style racoleurs, souvent handicapants, mais le tout était bien à l’image de son auteur. Ritchie est d’abord un cinéaste d’atmosphère, un peu comme quelqu’un qui aimerait la « sape », et privilégie l’immédiateté de l’effet (un ralenti insignifiant mais agréable sur le moment). A défaut d’être des beaux films, ils se veulent d’abord être des produits qui secouent la rétine du spectateur. Pour le meilleur et pour le pire. De tous les films qu’a mis en scène le Britannique aux Etats-Unis, le Roi Arthur est incontestablement son plus radical, son plus sanguin et son plus incontrôlé. Encore une fois, aux dépens du récit originel.

Dès les premières images, il se lance dans une grande entreprise de pillage des œuvres majeures de l’heroic fantasy (la séquence d’ouverture, aussi majestueuse soit-elle, n’est qu’une redite de celles réalisées par Peter Jackson dans le Seigneur des Anneaux). Il ne faut pas ici chercher un quelconque geste de cinéma révolutionnaire, Ritchie n’ayant jamais le talent pour y apporter quelque chose. Il faut davantage aller voir du côté de l’exercice de style pour trouver un peu de réjouissance. Et en tant que film « physique », comme une sorte de machine à broyer des corps, il se révèle bien plus inspiré et plaisant qu’une majorité de blockbusters sortis récemment. L’alliance colossale avec le compositeur Daniel Pemberton, déjà à l’origine de la partition des Agents très spéciaux ou de celle de Steve Jobs de Daniel Boyle, donne lieu à une vraie ode à la dissonance et à un ballet de corps désarticulés ou massifs, allant puiser dans des cris, des respirations pour créer une folie au sein d’un film a priori banal. La majesté qui découle de ce score à la fois sauvage et parfaitement maîtrisé permet à Ritchie de suivre ses pulsions, d’aligner les scènes d’un mauvais goût des plus outrageux mais souvent inédites dans le genre. La photo de John Mathieson, très réussie, peine souvent à suivre ce flux ininterrompu d’effets spéciaux disgracieux et de mouvements vidéo-ludiques lors des scènes de combat.

Dans le récit, on sent le réalisateur davantage porté vers le Kingsman de Matthew Vaughn, autre réécriture post-moderne des récits chevaleresques et de la figure du héros orphelin, que par la mythologie arthurienne. Il s’amuse beaucoup avec ce Londinium, dans sa pluralité des figures (comment ne pas être admiratif devant la présence d’un maître de kung-fu ?). De même, la ville est toujours représentée dans cette saleté que le réalisateur affectionne tant dans sa filmographie. Une nouvelle fois, Ritchie se trouve bien moins à l’aise quand il s’agit de l’explorer frontalement, de créer des ponts pour former une franchise naissante — censée compter six films, mais sans doute avortée vu l’échec commercial de ce premier volet. Les quelques coups d’éclat sont bien les siens. Des moments où le film se fait tranchant dans ses parti-pris esthétiques, plongeant le spectateur dans une forme de sauvagerie qui lorgne l’abstraction (les séquences mentales visuellement assez ébouriffantes où Arthur doit affronter ses démons).

On sent assez régulièrement les mécanismes de l’entreprise de Guy Ritchie, fait notamment dû aux multiples réécritures du scénario qui en ont fait un hybride incontrôlable, et conduisent  certains seconds rôles à passer à la trappe (Astrid Bergès-Frisbey). Mais c’est bien du côté du plaisir immédiat et sans lendemain qu’il faut regarder le Roi Arthur. La réussite inattendue du film de Ritchie vient tout justement de cet aspect foutraque qui maintient un petit feu sacré. Le réalisateur empile les séquences les unes sur les autres, les fait bouillonner, espérant que, miraculeusement, une symbiose finisse par émerger. Le résultat est forcément inégal, pas toujours très intéressant, mais il donne à voir ce qui manquait cruellement dans le cinéma de l’Anglais ces dernières années : des idées. Et rien que pour cela, le geste de ce Roi Arthur, aussi taré soit-il, est à saluer.

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