Wonder Woman de Patty Jenkins

WONDER WOMAN
Wonder Woman, réalisé par Patty Jenkins
Avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright et Connie Nielsen
Scénario : Allan Heinberg et Geoff Johns
Durée : 2h21 / Date de sortie : 7 juin 2017

Il y a quelques semaines de cela, on déplorait avec le second volet des Gardiens de la Galaxie l’absence de concepts auparavant capables d’élever le cinéma de super-héros au-dessus de la masse des blockbusters. Les pierres angulaires du genre étaient des films à grand spectacle, mais aussi des vrais objets stimulants intellectuellement. Les dilemmes moraux qu’affrontait un Peter Parker dans la trilogie Spiderman de Sam Raimi infusaient, évoluaient, devenant progressivement de plus en plus complexes et cruels. La formation de grands univers de super-héros chez DC et Marvel a balayé cela. Des anomalies, comme le mésestimé Batman v Superman, ont tenté de ranimer cette fibre cinématographique. Le public n’a que peu suivi. L’aura avec laquelle arrive Wonder Woman ne vient pas tant du fait qu’il est le premier blockbuster consacré à une super-héroïne depuis les traumatisants Catwoman de Pitof ou Elektra de Rob Bowman, qui avaient assassiné l’idée qu’une femme pouvait mener un film de ce genre, que parce que Patty Jenkins propose avant tout du cinéma. Et rien d’autre.

Malgré sa nature d’origin story, le film ne cherche pas à créer des liens pour ensuite mêler son récit avec celui de la Justice League. Dans le genre, cette seule composante est quasiment devenue une rareté (seul Logan se permettait cela récemment). On y montre bien évidemment la naissance de l’héroïne, de sa jeunesse sur l’île de Themyscira jusqu’à son émergence durant la Première Guerre mondiale, mais quelque chose de plus touchant et puissant s’y raconte aussi en sous-sol. Ce qui transpire par tous les pores du film, et qui est assez révélateur de l’attachement de la réalisatrice au personnage qu’elle met en scène, ce sont bien les idéaux de cette dernière. Wonder Woman se distingue par là d’un tout venant dans le cinéma super-héroïque, qui se veut désespérément cynique ou noir. Souvent comparé au Superman de Richard Donner, on retrouve ici davantage du Captain America : First Avenger de Joe Johnston dans sa confrontation, souvent passionnante, entre les valeurs humanistes voire utopiques de son héroïne avec une certaine réalité de la guerre. Le personnage campé par Gal Gadot n’est pas stupide ou naïf, comme on pourrait le lire ci et là, mais nourri de récits, de visions d’enfance qui lui ont donné une image du monde qui a du mal à s’accommoder avec celle des hommes, d’un en particulier, joué par Chris Pine.

A contrario d’un genre qui n’utilise plus les dialogues qu’en tant que tremplin à faire avancer un récit-accessoire ou à créer des situations comiques insignifiantes, le film de Patty Jenkins illustre lui bien la complexité à faire communiquer les êtres entre eux, et ce au dépens d’une maîtrise de la langue parfaite. Ce qui flanche au sein de ce petit groupe de guerriers qui accompagne Diana, c’est la capacité de chacun à s’inscrire dans une représentation commune du monde. L’un est hanté par les traumatismes d’une guerre sans fin, l’autre est un acteur dont le potentiel a été gâché par les a priori de la société. Elle, croit partir en guerre pour vaincre Arès, le Dieu de la Guerre qu’elle ne connaît que dans les récits. Tout le monde finit par parcourir le même chemin, celui des tranchées, mais qu’est-ce qui tisse vraiment le groupe ? Plus que lorsqu’il redevient un blockbuster, chargé de fournir son lot de séquences d’action, Wonder Woman arrive à créer du cinéma et de l’émotion dans ces entre-deux. S’il sera bien aisé pour tout le monde de qualifier le film de Jenkins de « féministe », parce qu’il montre l’affirmation d’une femme sur un monde fait exclusivement d’hommes, il est surtout un film qui vise le ralliement, de toutes les causes, prônant avec une candeur salvatrice un amour mutuel entre les êtres.

Cet abandon à des notions aujourd’hui si décriées dans le cinéma populaire crée des moments de cinéma surpuissants. Il suffit de voir cette première bataille sur le front, qui devient le symbole de la libération des femmes contre l’hégémonie masculine, sur le plan physique et moral, pour comprendre qu’il n’y a pas derrière Wonder Woman la même ambition que dans la majorité des films super-héros sortis ces derniers mois. Les deux heures vingt de l’ensemble n’atteignent certes jamais la puissance d’un Batman v Superman, dont le dernier acte basculait vers une imagerie mythologique titanesque, mais demeurent assez marquantes pour que l’on puisse parler d’une petite réussite.

Il est en cela dommage que le film, du fait de sa durée, peine à vraiment instaurer une signature visuelle qui puisse soutenir son ambition narrative et symbolique. Jenkins, dont c’est le premier blockbuster, abuse des effets de ralenti lors des scènes d’action et, tout en faisant montre d’une passion réelle pour son héroïne, hésite entre héroïsme et iconisation bas de gamme. Le trop-plein de CGI illustre de ce fait la limite des intentions du film : en assommant son héroïne de représentations parfois lourdes à porter (elle doit être le porte-parole du féminisme, coûte que coûte), il perd de vue l’essentiel pour se focaliser sur l’image de son héroïne, vrillant à de rares moments vers celle d’une icône de mode plutôt qu’une guerrière. La séquence finale, censée accompagner l’émancipation totale de cette dernière, est ratée et symbolise la difficulté pérenne des blockbusters à trouver un équilibre entre récit et caractérisation. L’un est souvent sacrifié sur l’autel de l’autre. Ici, le film semble le trouver pendant quelques beaux moments, de ceux qui nous rappellent la force évocatrice que peut avoir le cinéma, mais ça ne suffira pas à l’évoquer parmi les meilleurs essais du genre.

Étonnamment, c’est plutôt du côté de Disney et du récent Vaiana qu’on semble trouver le plus de similarités avec cette Wonder Woman. Si Jenkins ajoute à son héroïne un argument humaniste dans son voyage, on trouve dans les deux films un désir de transcendance par l’aventure. Un bond vers l’inconnu qui s’appréhende par les récits et les croyances et conduit inévitablement à la fragmentation d’un ordre social trop confortablement établi. Libérer l’esprit pour mieux détruire les barrières d’un monde en attente de nouveaux héros, de tous les sexes. Nul doute que Patty Jenkins et Gal Gadot viennent d’en produire un(e) fort(e).

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