Certaines femmes de Kelly Reichardt

Certaines femmes
Certaines femmes, écrit et réalisé par Kelly Reichardt
Avec Kristen Stewart, Michelle Williams, Laura Dern et Lily Gladstone
D’après l’œuvre de Maile Meloy
Durée : 1h47 / Date de sortie : 22 février 2017

Ils sont rares aujourd’hui les films à porter aussi bien leur titre, et le programme qui s’y annonce. Certaines femmes. C’est à la fois limpide et déconcertant, mais n’est-ce pas simplement à l’image du métrage de Kelly Reichardt ? Ce titre fait résonner en son sein tout ce qu’il est : un appel aux nuances, de tous genres (on n’y entend pas faire le portrait « des » femmes, mais de certaines femmes), un peu mystérieux, mais surtout un jeu sur le langage qui inclut l’enjeu majeur du film : la difficulté à communiquer le plus clairement possible. Au cœur de quatre portraits de femme, Reichardt ne dessine pas simplement une nouvelle Amérique, faites d’héroïnes du quotidien qui triment tout autant que les hommes, mais elle donne à voir des situations où le langage se fait tour à tour inefficace, inaudible ou parcellaire. Loin du féminisme triomphant qu’affiche désormais un certain cinéma américain, la cinéaste américaine ne démord pas avec une mise en scène aride, dans laquelle on rentre par petites touches, en suivant les pérégrinations de ses personnages.

Du premier au dernier plan, elle porte sous un même encéphalogramme le récit de ces femmes, ne privilégiant pas la cause d’une en particulière, assistant avec une ardeur silencieuse aux combats de celles-ci contre une réalité qui ne cesse de dresser des obstacles face à elles. Qu’elles prennent la forme du patriarcat latent ou d’un amour non-partagé, les barrières s’incarnent toutes dans un langage déficient qui peine à faire entendre une peine qui perdure dans le temps et l’espace. Il y a beau avoir quelques lumières, des fantasmes qui prennent progressivement forme (comme celui du personnage de Michelle Williams de construire sa propre maison), mais il y a un malaise qui flotte et qui ne s’évade pas. Peut-être cela vient-il tout simplement du film en lui-même, dont l’influence picturale est frappante dès la superbe et première image de paysage qui ouvre le métrage, et qui incarne toutes les subtilités du cinéma de Reichardt. Incontestablement, il y a de quoi sortir décontenancé de Certaines femmes, tant par sa forme contemplative que par la rigueur de sa narration (trois histoires suivies successivement, puis une conclusion pour chacune, point), mais il est difficile de rester insensible à l’humanité qui se tapie derrière chaque plan, derrière le grain majestueux de la pellicule et qui tente comme il le peut de redonner vie à ces campagnes américaines qui se déshumanisent peu à peu.

C’est l’autre beau et doux portrait que fait la cinéaste, et qui infusait déjà dans ses précédents films, celui d’une Amérique de la pénombre, profondément rurale. Les corps de ceux qu’on y croise sont les projections pures de leur vie. Une existence où on trime, où on subit, où on essaye de vivre comme on le peut par ce qu’on y voit. On en ressort fatigué, avachi sur un comptoir, mais le combat ne s’apaise que rarement. Reichardt entrecroise constamment les grands espaces du Montana et les destinées de ses héroïnes, et invite le spectateur à lire derrière chaque image et chaque geste de ses femmes des signes que le film ne dira jamais. C’est sans doute grâce à cette exigence extrême de réalisation, et indirectement la confiance totale livrée à l’intelligence de celui qui voit le film, que Certaines femmes trouve finalement cette émotion surprenante et plutôt marquante qui reste après la projection.

L’opacité de l’ensemble a certes ses faiblesses, et donne parfois l’impression de ne guère savoir où aller, mais les prestations remarquables des comédiennes offrent une incarnation sans pareille au film, Lily Gladstone et Kristen Stewart en tête dans le dernier tiers. Même si elles ne font que traverser Certaines femmes, elles donnent à voir une autre facette de cet héroïsme féminin, pudique mais évident pour quiconque sait lire au-delà des images.

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