Jim & Andy : The Great Beyond de Chris Smith

Jim and Andy 1
Jim & Andy : The Great Beyond – Featuring a Very Special, Contractually Obligated Mention of Tony Clifton
Un documentaire réalisé par Chris Smith
Avec Jim Carrey, Andy Kaufman, Danny DeVito et Milos Forman
Durée : 1h34
Date de sortie : 17 novembre 2017 sur Netflix

Une histoire de fantôme

En 1998, Jim Carrey a 36 ans. Devenu superstar de la comédie américaine avec les succès consécutifs d’Ace Ventura, The Mask, Dumb et Dumber et The Truman Show (qui lui a valu une reconnaissance critique avec un Golden Globe en 1999), il est un acteur galvanisé, à la recherche d’un ailleurs. Lorsque Milos Forman lui donne l’opportunité d’incarner Andy Kaufman, modèle comique de l’acteur, Carrey ne va pas s’évertuer à simplement le jouer, mais à devenir Kaufman. Le ranimer du cancer qui le vit disparaître à l’âge de 35 ans. Jim Carrey a un an à peine de plus que lui alors, et le défi fait sens, comme rarement. Jim and Andy : The Great Beyond – Featuring a Very Special, Contractually Obligated Mention of Tony Clifton va pourtant bien au-delà du documentaire qui viendrait glorifier un « grand acteur en transe », tant l’assemblage filmique de Chris Smith (qui réunit des images conservées dans le plus grand secret pendant près vingt ans) fait d’abord office de grand et chaotique questionnement sur la notion même d’être. La prestation de Carrey n’est pas juste l’appropriation phénoménale et jusqu’au boutiste d’un personnage mythique par un acteur, comme en raffole tant l’Académie des Oscars, mais le témoignage évident d’un pouvoir qui dépasse les sphères du microcosme cinématographique.

En travaillant lui-même sur ce qu’il est, sur ce que l’industrie lui a aussi demandé d’être, Carrey vient bousculer l’idée même de performance. Fiction et réalité s’entrecroisent, jusqu’à ce que plus personne sur le plateau, ni même Milos Forman, ne sache qui parle à qui. Aussi sidérant soit-il, le travail de Carrey oblige, parfois dans la violence et souvent dans l’incompréhension, à une cohésion massive de l’équipe du film, qui accepte progressivement l’idée que Carrey n’est plus, que Kaufman est revenu et qu’il peut aussi bien disparaître à tout moment (les multiples apparitions du personnage imaginé par Kaufman, le gras et insubordonné Tony Clifton, vont dans ce sens). Comme une unisson dictée par l’acteur lui-même qui place le cinéma au sein des relations humaines, sa fantaisie et l’obligation intrinsèque de faire subsister un spectacle de tous les instants, coûte que coûte. Le dénuement spirituel que vient vivre ici Jim Carrey, en tant que corps qui abriterait le temps d’un tournage l’âme de Kaufman, illustre aussi le malaise d’un acteur qui choisit de faire rire au risque de trop se dévoiler. Régulièrement dans le documentaire, on peut ainsi voir Jim Carrey, tour à tour dans un état d’épuisement total ou de possession qui le contraint au mutisme, arborer un sac en carton comme visage. La symbolique du dépouillement a ici quelque chose de l’art contemporain, mais inscrit avant tout l’étroitesse du lien entre la comédie et la tragédie qui habite le clown.

Quelques mois après avoir produit la première saison de la très prometteuse I’m Dying Up Here, Jim Carrey, désormais pourvu d’une épaisse barbe noire et hagard, semble plus que jamais enclin à donner sa propre version de la gloire hollywoodienne, loin des fards et d’une quelconque frustration. Il faut ainsi apprécier ce dernier acte décousu et existentialiste où Carrey, tel un Ulysse revenu des flots de l’industrie, de son inconséquence et du deuil d’une singularité saccagée, se demande qui il est et ce qu’il a encore à offrir à ce monde. La réflexion, poussée sur plus de vingt minutes de documentaire, entrecoupée d’images de The Truman Show comme manifeste inconscient de la carrière à venir de l’acteur, est à l’image de ses dernières déclarations: elles désarçonnent au moment où elles interviennent mais charment par leurs possibilités interprétatives. Vingt ans après, Jim Carrey se joue encore de nous et a bien pris le sillon de son modèle. Jim Carrey est mort, vive Andy Kaufman !

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