The Disaster Artist de James Franco

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The Disaster Artist, réalisé par James Franco
Avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen et Alison Brie
Scénario : Scott Neudstadter, Michael H. Weber, d’après l’oeuvre de Greg Sestero et Tom Bissell
Durée : 1h44 / Date de sortie : 7 mars 2018

Un vrai héros américain

En se penchant sur le mythe The Room, James Franco a voulu faire un film à l’image du culte qui entoure le métrage de Tommy Wiseau : un mélange de fascination et de ricanements nerveux. Dès les premières images, il ne cache pas son dévouement total aux fans, en donnant la parole aux plus célèbres : J.J Abrams, Adam Scott et bien d’autres. Là se tient l’échec majeur de The Disaster Artist : en illustrant l’ascension absurde de ce qui est, sûrement, le pire film de tous les temps et la naissance d’une communauté d’ahuris autour, Franco rate le sujet le plus important au service du cynisme et d’une subversion de façade.

Il y avait bien un très beau film à consacrer à l’énigmatique Tommy Wiseau, le créateur, et non à son acolyte, Greg Sestero, certes auteur du livre qu’adapte Franco, mais citoyen presque ordinaire de la planète Wiseau. Il suffisait de revenir à l’ambition première de l’auteur de The Room — faire un film américain loin d’un Hollywood qui n’accepte pas les deux protagonistes — pour comprendre que ce qui agite Wiseau est surtout un désir d’appartenance. En se lançant dans cette production chaotique, qui aurait coûté plus de six millions de dollars à l’auto-proclamé cinéaste, Wiseau partait à la conquête d’une cinéphilie faite sur le tard (Sestero lui fait découvrir Brando et La Fureur de Vivre, lui procurant un choc), espérant rejouer avec sa sensibilité les grands thèmes de Shakespeare ou Tennessee Williams. Le résultat, infâme, abritait pour autant un appétit vorace d’Amérique, pour un homme dont la solitude allait de pair avec le mystère entourant ses origines. Franco ne s’y intéresse simplement pas. Il passe constamment à côté de toutes les brèches qui s’offrent à lui, s’enfonçant dans un catalogue d’anecdotes, de scènes de tournage qui suggèrent plus ou moins la personnalité de Wiseau, control freak aux portes de la paranoïa. The Disaster Artist donne à voir tout ce qu’attend un fan de The Room, sans y apposerla moindre lecture qui pourrait rendre l’odyssée de Wiseau et Sestero touchante. Pire encore, après avoir moqué sans finesse les manières des success stories pendant une heure et demie, le film en vient à les réhabiliter, elles et la réception de l’œuvre de Wiseau, dans une séquence de projection tantôt absurde tantôt gênante.

C’est encore une fois par accident, qu’à ce moment du film, le cinéaste finit par devenir l’Américain qu’il a toujours voulu être. Dépossédant Sestero de tous ses espoirs de carrière au profit de la réussite commerciale absurde de The Room, Wiseau se fait symbole de cet individualisme vaillant, mais pernicieux. Jusqu’à la fin la position de Sestero demeurera trouble. Tour à tour ami, partner in crime, mais toujours pantin sous influences, il est encore impossible de déterminer quelle relation tissent les deux hommes au vu de la campagne promotionnelle ahurissante de The Disaster Artist outre-Atlantique. Si le film n’est jamais ennuyant mais passe toujours un peu à côté de son sujet majeur, il n’est finalement que le reflet de la mutation de The Room avec le temps. Devenu phénomène culturel aux Etats-Unis, il est aujourd’hui dépouillé de toutes ses aspérités, du mystère de sa conception, au grand bonheur de Wiseau qui a pu en réécrire la légende et en faire l’œuvre d’un génie du nul. Tout comme The Room était bien à l’image de son auteur, dans sa bizarrerie et ses manières, The Disaster Artist est tout aussi sage et appliqué que James Franco réalisateur, et malheureusement bien trop consensuel face au sujet qu’il adapte.

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