Katie Says Goodbye de Wayne Roberts

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Katie Says Goodbye, écrit et réalisé par Wayne Roberts
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Mireille Enos et Mary Steenburgen
Durée : 1h28 / Date de sortie : 18 avril 2018

Rose écarlate

Le premier long-métrage de Wayne Roberts est un cas d’école : une idée de cinéma prometteuse ne fait toujours pas un bon film. Et parfois même ses interprètes, aussi bons puissent-ils être (dans ce cas, la lumineuse Olivia Cooke et le molosse Christopher Abbott), ne peuvent simplement rien faire quand un réalisateur produit des images aussi apathiques que celles de Katie Says Goodbye. Il se voudrait être un film sur la persévérance, le courage à tenir tête face à un cynisme consommé et digéré par tous, mais il n’est jamais capable d’aller au-delà de la vision simpliste qui oppose bêtement deux Amériques. Il y a d’un côté celle qui rêve et fait preuve de bienveillance, Katie, serveuse qui aspire à partir en Californie, et ce territoire d’Arizona, pauvre et esseulé, qui se dessine sans horizon pour ses habitants. La caméra portée de Wayne Roberts voudrait assurer une tonalité résolument réaliste au film, en faire autre chose qu’un conte qui tourne mal (Katie doit se prostituer pour payer ses factures), mais la seule chose qu’elle semble mettre en valeur est l’impossibilité manifeste de son cinéaste à sortir le film d’une voie qui le conduit à être un petit pensum misérabiliste sur une Amérique qui trime et souffre de son isolement. Katie ne semble jamais être autre chose qu’une anomalie pour son entourage, elle qui croit en l’amour et la possibilité de la fuite.

Les premiers instants du film sont en cela assez intéressants car, face aux regards interloqués de la mère (jouée par Mireille Enos) et de Bruno, masse mutique dont Katie tombera éperdument amoureuse, le scénario joue la carte de l’absurdité. Il y a la candeur de la jeune fille, son rapport complètement distancier face à la prostitution, d’abord montrée comme un travail banal, un service rendu à des hommes solitaires. Rien ne semble vraiment l’affecter, même si le secret demeure. Les hommes avec lesquels elle couche deviennent des amis, des confidents (comme le personnage de Jim Belushi, plutôt touchant), qui ne la payent pas tant pour ce qu’elle leur donne mais pour ce qu’elle dégage dans une réalité opaque, un sourire et un peu d’espoir. La photo très sensitive de Paula Huidobro n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce qui était visible dans le Young Ones de Jake Paltrow, film de science-fiction dans une Australie redevenue un énorme paysage désertique aux allures de tombeau. L’Amérique de Katie Says Goodbye a parfois ces allures-là, mais ne paraît jamais chercher les raisons de cet échec, l’instant où le rêve a vrillé. Le départ du père, dont Katie cherche la fierté en permanence, pourrait en être une, mais le film ne sait jamais faire de son héroïne autre chose qu’une enfant qu’on éjecte violemment de son innocence. Sa renaissance supposée en fin de métrage n’est montrée que par le prisme du symbole facile, de la femme forte qui trouverait les ressources de se relever après le cyclone dont elle a été la victime tout du long.

Tant de facilités d’écriture disséminées ci et là dans le film viennent à interroger sur l’honnêteté du projet. En insistant sur le choc, allongeant inutilement la durée de certains plans ou séquences pour créer du sens, un message au périple de Katie, la mise en scène de Wayne Roberts finit par complètement s’éteindre quand l’héroïne doit affronter le contrecoup de son existence fragile. S’empilent une après l’autre les révélations et les coups de sang sans que le spectateur ne puisse se sentir impliqué. Katie Says Goodbye vire trop rapidement à l’exercice de cinéma complaisant, trop heureux de ses petites manières et des références qu’il cite (Terrence Malick période La Balade Sauvage, notamment), et n’arrive jamais à la hauteur des ambitions qu’il se fixe dès le départ. Censé ouvrir un triptyque sur le thème du changement de vie — dont le second volet, Richard Says Goodbye, devrait voir Johnny Depp jouer un professeur à qui l’on diagnostique un cancer en phase terminale —, il faudra autre chose qu’un souffle romanesque de pacotille et de jolies thématiques pour croire véritablement au cinéma de Wayne Roberts.

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