Les Indestructibles 2 de Brad Bird

RGB

A l’unisson

Il y avait quelque chose d’assez prophétique dans la sortie des Indestructibles 2 sur la manière dont se résoudrait le suspense de la coupe du monde de football. Non seulement car l’attachement sentimental, sinon viscéral, des amoureux du premier film n’était pas sans rappeler celui des supporters pendant un mois de compétition, mais aussi car la victoire des Bleus est une victoire globale qui a fait que, comme dans chaque grand évènement, c’est « la France qui a gagné ». On pourrait commenter cet instant d’euphorie avec un soupçon de cynisme, se rappeler que la situation n’a pas toujours été ainsi, mais il serait aussi bien dommage de s’en priver, tant l’espoir apparaît soudainement ravivé. Dans Les Indestructibles 2, quand Hélène Parr redevient super-héroïne et s’élève socialement, là où son mari Bob doit rester à la maison pour veiller sur des enfants en trouble à des changements divers (Jack Jack qui découvre ses pouvoirs, Violette les premiers émois amoureux), ce n’est pas qu’une victoire personnelle. Du moins elle ne le demeure pas bien longtemps. Changée en icône par un mécène qui souhaite l’abolition de la loi restreignant les super-héros, elle porte désormais les espoirs d’un nouveau monde, où chacun pourrait vivre et agir en paix. Cinéaste de plus en plus conceptuel, Brad Bird fait surtout vaincre ici l’optimisme, comme dans A la Poursuite de Demain, sur le pessimisme, le conservatisme et une forme de patriarcat désormais désuète, à grands coups de séquences d’action étourdissantes. Quatorze ans après un premier volet acclamé, Les Indestructibles 2 est un film de réunification, sacrifiant certes l’effet de surprise sur le plaisir de la belle ouvrage et d’une pensée positive à l’heure des blockbusters parricides.

Ce qui frappe à la première vision de ce nouveau film, c’est bien le trouble temporel dans lequel il nous emporte. Entre le film originel et la sortie de ce dernier, le monde a changé, tant pour l’animation que pour la société en elle-même. Lorsque sort Les Indestructibles en 2004, Pixar n’est pas encore une filiale de Disney, et son co-fondateur John Lasseter pas encore en proie à des accusations de harcèlement sexuel envers ses employés, qui provoqueront son licenciement en juin dernier. Les bouleversements sociétaux du monde se sont toujours inscrits dans les films de la firme, d’une façon ou d’une autre, et il est évident que Les Indestructibles 2 place le destin d’Hélène Parr au coeur du film, peut-être même au-dessus de celui de Bob Parr. Cette suite reprend exactement là où s’était arrêté le premier volet, mais les considérations et les questionnements des personnages sont bien ceux d’aujourd’hui. De la même façon, les avancées technologiques dans l’animation n’ont pas modifié en son sein ce qu’était le précédent film et est réutilisé avec beaucoup d’intelligence ce mélange difficilement égalé de modernité et d’esthétique rétro, qui trouve son point culminant dans la superbe architecture de la nouvelle maison des Parr. Tout est finalement bien en place, jusque dans la musique de Michael Giacchino, toujours aussi enlevée et enjouée.

D’aucuns auront reproché l’absence de nouveaux enjeux par rapport au premier épisode, qui répète, il est vrai, peu ou prou sa structure narrative. Fruit d’une conception relativement chaotique et du poids d’un calendrier de sorties qui se fait de plus en plus contraignant chez Disney pour les créateurs, on peut s’étonner de la tenue admirable de ce second volet malgré tout. Les personnages principaux gagnent en épaisseur (Violette écrite comme un personnage de John Hughes), certains en éclat (les séquences avec Jack Jack sont des miracles comiques) et quelques uns des nouveaux protagonistes, à la manière de Vortex, détonnent par leur contemporanéité. Comme dans quelques-uns des blockbusters récemment sortis, l’opposition générationnelle n’a rien d’un choc ne pouvant accoucher que de violence et de rancœur, mais gratifie personnages comme spectateurs d’une vision du monde plus globale et apaisée. Les revendications féministes du film ne sont ainsi jamais dévoilées par le prisme de la lutte, mais par des échanges entre les personnages qui se révèleront au cours du voyage très bénéfiques. A l’exception d’une minorité d’individus dont le discours provoque lui-même leur chute, tout le monde sort gagnant dans Les Indestructibles 2.

C’est sûrement la beauté des films de Brad Bird : l’action n’est jamais le résultat d’un regard sur le monde qui s’est altéré par d’autres actions, des échecs comme des réussites, mais elle est le produit d’un quotidien, d’idées qui ont fini par se forger de soi, et dans un échange avec d’autres individus. En comparaison avec le premier film, cette suite possède moins de scènes d’action, d’escapades hors du cocon familial, et c’est probablement tout son propos. Là où le train-train quotidien constituait l’ennemi des Parr dans le premier film, dissimulant leur nature profonde de super-héros, faisant surgir langueur et frustration, la famille déploie ici des propriétés galvanisantes, permettant à Bob ou à Hélène de développer d’autres pouvoirs, et d’adopter la position de l’autre pour mieux le comprendre. Sans jamais atteindre la puissance du film de 2004, Les Indestructibles 2 instille en sous-sol un sentiment de progrès et de bienveillance qui fait du spectacle quelque chose qui trépasse la mélodie nostalgique. La question demeure alors : avons-nous toujours besoin de ces super-héros dans nos vies, quand Marvel et d’autres les dépouillent chaque année plus de leur rareté et de leur beauté ? A l’instar du dernier plan de A la poursuite de demain, il ne suffira que d’un regard, tourner sur soi-même, pour comprendre que ce monde en regorge. Plus que jamais, en 2018, écoutons Edna Mode et rangeons la cape.

Les Indestructibles 2 | écrit et réalisé par Brad Bird | avec les voix VO de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Sarah Vowell et Bob Odenkirk | durée : 1h58 | date de sortie : 4 juillet 2018

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